Les Nouvelles

mercredi 28 novembre 2018

"Pour une société d'initiatives et d'information pas au goût d'un seul, la souveraineté numérique interpellée".(Par Papa Diop)

À l'heure où le monde entier prit conscience de l'impérieuse nécessité de construire une citoyenneté numérique d'action et favorable à l'éclosion des idées pour impliquer gouvernants et gouvernés dans ce qui les concerne (efficacité et transparence dans la gestion des affaires de la cité), une exception bizarre et bien sénégalaise se fait exprimer par la volonté (cf. Article 27, projet de nouveau code des communications électroniques) d'un Président de la République allergique aux critiques.

Peut-être ne sait-il pas que comme les excuses, les critiques nourrissent et grandissent l'Homme, surtout quand elles sont très constructives.

Le malheur digital sénégalais résulte du fait que, depuis son accession à la magistrature suprême, le Président Macky Sall s'est toujours bâti des ailes surtout pas dépliantes, freinant ainsi toute l'allure dessinée par Wade à travers son Système Administratif des Formalités Informatisées (SAFI, en 2010).

Que des lois contraignantes dans ce secteur du numérique bien à encadrer, mais vraiment à assainir pour plus de création de richesses à travers le caractère opérationnel des initiatives individuelles ou collectives.

Seul secteur d'ailleurs où le Sénégal peut concurrencer le reste du monde par l'exploration des esprits imaginatifs, créatifs et inventifs. Un Sénégal à la cyber administration embryonnaire, devrait plus se préoccuper d'offres de services e-Citoyen facilitant la satisfaction des besoins de toutes les catégories socio-culturelles et professionnelles ; ce, dans tous les domaines d'intérêt public.

C'est cela qui peut contribuer à minimiser les pistes d'erreurs et écarts d'interprétation en œuvrant pour une perception ou une appréhension des politiques publiques sous l'angle de leur conception concertée.

En effet, le monde du numérique, par l'entremise de l'Union Internationale des Télécoms (UIT) s'évertue depuis plus de 10 ans (Sommet Mondial sur la Société d'Information, 2003 en Génève et 2005 à Tunis) à mettre à profit les merveilles du Web via une transformation digitale capable de créer des citoyens du monde en mouvement ; d'impulser une dynamique de croissance et de développement durable dont le véritable grenier de compétences se trouve être l'économie de la connaissance (le capital humain).

C'est parce qu'il faut plus construire des ponts modérés utiles que de dresser des murs, d'autant que l'internet doit être partout pour tous. Donc, à ce premier challenge de l'infrastructure, de la couverture et de la qualité du réseau s'associent la familiarisation et la formation pour ainsi créer des contenus attractifs et y orienter les citoyens.

En voilà une pratique managériale du numérique qui ne saurait édulcorer la citoyenneté à la seule expression du vote électif, mais qui promeut la démocratie participative (propositions) et représentative (votations).

Hélas, l'histoire retiendra du Sénégal, un Président Macky Sall qui crée un fossé béant entre les services répressifs et les services techniques, accentuant ainsi leur faible degré de coordination dans la lutte contre les infractions perpétrées au moyen des technologies de l'information et de la communication.

La sécurité informatique, préventive par dessus tout, est globale (pas que des forces de l'ordre d'une certaine convertibilité). Par ailleurs, conscient de la nécessité de déployer des actions concertées, surtout en appoint à l'appareil judiciaire, l'International Multilatéral Partenership Against Cyber Treats (IMPACT, cyber jaya en Malaisie) qui dégage des e-stratégies, est devenu le premier partenariat global en matière de cyber-défense.

Si seulement la police judiciaire, au cœur de la démarche coercitive des lois, pouvait régler tous les problèmes du monde, l'EC3 (Le Centre européen de lutte contre la cybercriminalité) ne saurait être logé à la Haye en Hollande.

Comme la Cour Pénale Internationale. Mais c'est parce qu'il est des moments où le travail collaboratif appelle à une ribambelle de lignes, tandis que les instruments juridiques de lutte contre la cybercriminalité, de manière générale, constituent un mode de défense asymétrique.

C'est-à-dire, ce sont des textes de lois qui sont destinés à réparer des préjudices causés technologiquement par des esprits malveillants : ce qui est inefficace. Pour rappel, le centre européen de lutte contre la cybercriminalité (EC3) est une émanation de la volonté du Conseil de l'Europe de mettre en commun des moyens de lutte contre la cybercriminalité et dont la base juridique reste la convention de Budapest (21, 22 et 23 septembre 2001).

En somme, pour l'Union Européenne, la vocation de ce centre est : --- de servir de soutien opérationnel aux services répressifs en fournissant des informations utiles au besoin des enquêteurs; --- d'assurer la formation des agents qu'il compte accueillir : les services techniques et les services répressifs ; --- d'intégrer toutes les couches de la société pour une prise en commun du mal : les administrations publiques, les entreprises, la société civile ; --- sensibiliser le public.

Retenons simplement que le temps du Droit n'est pas celui de la Technologie, car le facteur multiplicateur des "péchés numériques" est plus rapide que les capacités des services répressifs à suivre les traces.

C'est la raison pour laquelle le Sénégal gagnera mieux à régler son problème de souveraineté numérique par les codes propres (OS, Firewall, Antivirus, Framework, CMS, ...), pour rivaliser d'ardeur. Ici, l'ardeur n'est donc pas la force imposée par Macky Sall pour ne poser que des actes de cloisonnement des populations, en essayant de les priver des fondamentaux de la liberté.

Bref, le champ de bataille est tout autre pour les gouvernements : infrastructure adéquate et à suffisance, connectivité qualitative, formation et capacitation, contenus innovants...





 Papa DIOP, (From Sebikotane)
Professeur à l’Université de Thiès.



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