Dr Cheikh Omar Diallo est le Fondateur et Directeur de l’Ecole Africaine d’Art Oratoire (EAO). Juriste, Docteur en Science politique et expert en communication, notre analyste politique revient pour votre portail d’informations www.dakarposte.com sur le bilan du septennat, au lendemain de la cérémonie de dédicace du livre de Macky Sall « le Sénégal au cœur ». A bâtons rompus.
Dr Cheikh Omar Diallo sur le livre
Le Président Macky Sall vient de procéder à la cérémonie de dédicace de son livre « le Sénégal au cœur ». Vous l’avez lu. Quelle appréciation ? 

Ce livre est un matériau important pour tout observateur ou analyste politique. Le Président Macky Sall a choisi de parler au peuple : en témoigne la photo de couverture. Mieux, « le Sénégal au coeur » n’est pas un titre fortuit.

Dans un style dépouillé, simple et direct, comme son auteur, il parle à cœur ouvert. Il se livre et se délivre même par endroits. C’est, à mon sens, un livre presque intime, une trajectoire personnelle et un parcours exceptionnel qui s’inscrivent dans le récit national du pays. La vie de Macky Sall est un roman, au propre et au figuré.  

Dans cet ouvrage, on découvre au grand jour que la première Dame a vraiment joué un rôle crucial dans les choix et options politiques de son époux... 

... En Afrique, on dit souvent que « le toit soutient la maison. Et c’est la femme qui soutient le toit ». Marième Faye est indiscutablement son atout charme électoral. Avec un peu d’humour, je dirais que Macky Sall n’a qu’une maîtresse et ce n'est pas Sandrine. Une maîtresse qui habite ses pensées. Il dort avec elle, il se réveille avec elle : c'est la nation sénégalaise. 

Après sept ans de pouvoir, quel contenu faut-il donner au Mackysme ? 

A vrai dire, en sept ans d’observation minutieuse, j’ai très peu entendu le terme « mackysme » dans la littérature politique sénégalaise. Il n’y aucune tentative d’apporter une dignité conceptuelle à ce mot. Or la pensée n’est rien si elle ne s’exprime pas. J’ai la faiblesse de croire que le mackysme n’existe pas. Disons que le « mackysme » au sens de philosophie politique ou d’idéologie est quasiment introuvable.

En revanche, il existe des Mackystes au sens partisan du terme. Le Macky social existe également, au sens fort du terme. En vérité, les doctrines, les grandes pensées politiques, les emballements philosophiques l’ennuient. C’est l’action qui l’intéresse. Interroger ses actions et réalisations reviendrait à définir la gouvernance, le label et style Macky Sall. 

Malgré tout, qu’est-ce qui différencie le Mackysme du Wadisme. Il y a l’élève et le maître. Et l’élève qui dépasse le maître... 

Je parlerais plutôt de différence de styles entre les deux. Pour Me Abdoulaye Wade, dire c’est faire. Il vit en permanence dans l’argument fort. Tandis que pour Macky Sall faire c’est dire. Il habite l’argument juste. Le premier est exalté et spontané. Le second est calme et sobre. L’un voit grand, juge large et vise loin ; l’autre est soucieux de « livrer la marchandise ». Les deux sont certainement complexes et indéchiffrables. 

Sa coalition hétéroclite dure sept ans. Gagner ensemble et gouverner ensemble. C’est une performance. Il vient d’ailleurs de l’agrandir avec l’entrée d’Abdoulaye Baldé et son parti. 

Depuis une vingtaine d’années, la nomenklatura politique a tranquillement sauté les barrières idéologiques. Aujourd’hui plus qu’hier, l’avenir des démocraties modernes est lié aux coalitions et alliances politiques. Les démocraties de coalition gouvernent le monde. En Science politique, on parle de « gouvernance de consensus ». C’est le cas en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, etc., où droites et gauches s’allient pour gouverner. Le génie démocratique sénégalais n’a rien à envier aux autres.

Au demeurant, il faut que le régime politique issu de la coalition gagnante signe explicitement un contrat de coalition ou de gouvernement, afin de mieux sanctuariser toute alliance, fragile par essence. A la lumière de ce que je viens de dire, vous comprendrez aisément que parler d’idéologie aujourd’hui, dans un monde de globalisation ou de mondialisation, c’est retourner dans une autre civilisation. 

Le contexte pré-électoral est marqué par l’affaiblissement des principaux challengers de Macky Sall. Est-ce du génie politique ou l’argument de la force ?  

Votre question renferme beaucoup de non-dits. Le Président Macky Sall a été la bonne école. Wade et Macky sont des tueurs professionnels. Ce sont de grands fauves politiques qui se nourrissent du sang politique des autres animaux politiques. Ils ont besoin de tuer pour avancer. Wade utilisait la mitraillette, Macky choisit toujours une arme silencieuse et opte pour des guerres tranquilles. 

Qu’est-ce qui a le plus retenu votre attention dans la politique de Macky Sall ? 

Sans hésitation, je dirais le Social. Sur ce plan, la conversation nationale qu’il tient avec les exclus, les démunis et les plus faibles est délicate et sincère. Dans ce chapitre, son écriture politique a rencontré son public. Le « Macky Social » est une réalité concrète et palpable. Grâce à sa fibre sociale et à son humanisme militant, il a transformé un point d’interrogation en un point d’interrogation. Macky Sall aura été un grand correcteur d’inégalités. C’est aussi cela sa marque de fabrique politique. Indubitablement ! 

 Quelles ont été les principales faiblesses du septennat de Macky Sall ? 

Certes, le PSE est un bon outil d’intelligence politique, économique et social. Mais au-delà, Macky Sall a manqué d’avoir une politique hardie dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’emploi. A ce triple niveau, il n’aura pas été un président-réformateur. Il n’a pas réinventé l’enseignement, vieux d’un demi-siècle. La santé demeure un  grand corps malade. Il n’a pas bousculé notre rapport au travail et à l’emploi. Il n’est pas allé en guerre contre les archaïsmes et les conservatismes. En somme, il n’a pas changé nos mentalités. 

Sa priorité : que les Sénégalais dorment et se réveillent en paix ; qu’ils soient en sécurité dans un monde terrorisé. Paradoxalement, à côté de cette petite ambition matinale, il a une vraie vision futuriste : il a créé une ville d’affaires Diamniadio, un aéroport de dimension mondiale, Blaise Diagne et il a ouvert la voie au T.E.R qui entrera en gare le 14 janvier 2019. 

  

Propos recueillis par Mamadou Ndiaye
 

 
 



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