IGFM-Boubacar Camara n’en est pas arrivé là sans bataille. Le candidat de la Coalition Fippu, qui a sué sang et eau pour se bâtir une carrière à la hauteur de ses ambitions, a encore un nouveau combat à mener : prouver au Conseil Constitutionnel qu’il a tort de rejeter 25 000 de ses parrains, se faire valider son ticket pour la Présidentielle 2019 et faire face à Macky Sall dont il flétrit la gestion du pays. Entretien…
«Le régime a donné au Conseil constitutionnel un fichier miné»
Vous avez été, vendredi soir, au Conseil constitutionnel, qui a rejeté 36 136 de vos parrains ; pour différents motifs. Comment avez-vous accueilli cela ?

Nous avons été conviés par le Conseil constitutionnel à une séance technique de contrôle des parrainages. Ils nous ont projeté les résultats du contrôle qu’ils ont effectué des parrainages que nous avons déposés, sur la base d’une application informatique et ont donné des résultats.

La grande question est : sur quelle base ils ont opéré ce contrôle ? Quelles sont les informations qui ont été introduites dans le logiciel pour faire la comparaison avec ce que nous avons déposé ? C’est la grande question à laquelle le Conseil constitutionnel n’a pas répondu. Avec quel fichier vous avez fait le contrôle ? Les résultats obtenus rendent encore plus accrue la question. Parce que je me suis retrouvé avec 25 000 parrains qui, soit ne sont pas sur les listes électorales, bien que ces parrainages ont été collectés avec une carte d’identité Cedeao et un numéro d’électeur, donc ils ont disparu mystérieusement, soit ils ne sont pas sur les listes régionales dans lesquelles on les avait placés.

Cela veut dire qu’ils ont déménagé entre le moment où j’ai collecté le parrainage et le moment du contrôle. Ce qui veut dire quoi ? Que le fichier dont ils disposent est complètement miné par le régime qui le leur a donné.

Vous pensez sérieusement que le régime a donné au Conseil constitutionnel un fichier vicié ?

Un fichier miné, parce qu’on ne peut pas comprendre qu’un électeur qui dispose d’une carte d’identité Cedeao, qui a un numéro d’électeur, ne figure sur la liste électorale. Ou bien quelqu’un qui est inscrit sur la liste de sa région d’origine, on dit qu’on ne le retrouve pas. Ils vous disent seulement qu’ils ne sont pas dans ces régions-la, or sur leurs cartes Cedeao, ils votent là-bas.

L’objectif est qu’on n’atteigne pas la barre des 2 000 qui est exigée. Et là, on est éliminé sur cette base. J’ai été victime pour cinq régions pour lesquelles, j’ai déposé 2 000. Ils se sont débrouillés pour dire que c’est moins de 2 000, parce que ces gens ne sont pas dans ces régions. Donc, ce fichier est miné. Personne n’acceptera ce contrôle.

Si vos déclarations sont prouvées, est-ce que le jeu électoral n’est pas pipé, si le contrôle des parrainages est fait à partir d’un mauvais fichier ?

Le Conseil constitutionnel a été trompé par le régime qui lui a donné un fichier miné. C’est l’hypothèse à laquelle je crois le plus. Parce que si on analyse l’entêtement du régime à donner le fichier, c’était peut-être pour pouvoir concevoir, concocter un fichier spécial à remettre au Conseil constitutionnel, pour éliminer certains candidats et après, remettre un fichier à 15 jours des élections, qui servira de base à l’élection. C’est pour ça que le Front de résistance a réclamé au Conseil constitutionnel, le fichier dont il dispose pour faire le contrôle. Il n’y a pas encore eu de réponse.

Le ministre de l’Intérieur a répondu, il a toujours dit que le fichier ne doit être remis qu’aux candidats à la Présidentielle et non à des candidats à la candidature…

Justement, c’est totalement contraire à la loi. On doit donner le fichier, accès permanent, à tous les partis légalement constitués. C’est prévu par le Code électoral. On doit également le donner, parce qu’il y a une nouvelle loi sur le parrainage qui exige entre 0,8 et 1% de parrains du fichier. Donc la base du contrôle doit être le fichier. Ça, c’est la conséquence immédiate. Et troisièmement, on doit donner le fichier à 15 jours des élections : ça c’est le fichier avec la carte électorale mise en place. Ils n’ont pas fait cela et en plus, pour les besoins du contrôle, ils sont obligés de donner le fichier au Conseil constitutionnel. Pourquoi ? Est-ce prévu par la loi ? Ce n’est pas le cas.

Pour les besoins du contrôle du parrainage, ils ont besoin de donner le fichier. Donc, pour les besoins de la collecte du parrainage, ils devaient le donner aux candidats. Toute cette obscurité est incroyable autour du parrainage, qui est une loi qui n’est pas applicable sérieusement, parce que les conditions de son applicabilité ne sont pas réunies par le régime. Ils pensaient que ce serait une haie d’épines pour bloquer les candidats. Au contraire, ça a été une motivation.

Les gens sont allés sur le terrain. Nous avons collecté, déposé 59 493 parrains et aujourd’hui, nous en disposons de 60 000. Ils se disent comme on n’a pas été bloqué, on va rattraper cela au niveau du contrôle du Conseil constitutionnel. Ce qui est extrêmement grave. C’est une manipulation d’une institution. Je pèse bien mes mots. Parce que j’ai la preuve de ce que je dis.

Quelles sont vos preuves, parce qu’il y a tout de même, des observateurs indépendants au Conseil constitutionnel ?

J’en viens d’abord aux observateurs. Je n’ai absolument rien contre les observateurs pris individuellement, mais je pense que pour choisir des observateurs, il faut se concerter avec tous les concernés. Un processus électoral, c’est la règle de la concertation. Ces observateurs ont été choisis sans concertation et d’autres qui tapaient à la porte, n’ont pas été accueillis. Cela pose un problème de crédibilité de ce choix.

Maintenant, les preuves que nous avons, ce sont celles de nos propres listes. Nous avons collecté des signatures sur la base des cartes d’électeurs, avec une procédure précise, une base de données qui permet de localiser l’électeur que nous connaissons, qui vient tous les mardis. Nous soumettons cela au contrôle avec les listes dont nous disposons, pour voir s’ils sont sur les listes électorales. On a les numéros d’électeurs pour connaître leurs localités. On vérifie s’ils ont demandé ou non à être déplacés. On a tous ces éléments, on sait exactement qu’ils n’ont pas été déménagés.

Aujourd’hui, on sait qu’ils ont été transférés. Parce qu’on ne les retrouve pas et on sait exactement où ils les ont mis. Et même là où ils les ont mis, ils ne nous ont pas dit, parce que s’ils nous donnent l’information, ils doivent recomptabiliser ces gens. En plus, ce n’est pas parce qu’on ne te retrouve pas dans la région que tu n’es pas un parrain. Donc, c’est très clair. Aujourd’hui, la question est de savoir si les Sénégalais vont accepter que Macky Sall continue à leur manquer de respect, en manipulant le processus électoral, comme il l’a fait en amenant le parrainage, en faisant les cartes d’identité, en imposant le ministre de l’Intérieur et en retenant le fichier. Vont-ils le laisser continuer à leur manquer de respect ?

Les Sénégalais doivent se battre pour montrer au Président Sall qu’il n’est pas propriétaire du Sénégal, qu’il a été élu et qu’il doit se soumettre à une élection transparente. Qu’il sache que c’est fini et que la vie continue.

Maintenant, vous êtes convoqués à nouveau au Conseil constitutionnel, mercredi prochain. Est-ce qu’après avoir reçu notification de votre procès-verbal de comptage, vous allez suivre la procédure de régularisation ou vous allez laisser tomber ?

Nous ne sommes pas éliminés. On a fait une séance, ils nous ont donné des résultats que nous contestons. Ils vont nous donner un procès-verbal, sur la base duquel, nous allons régulariser ce qui est régularisable. C’est-à-dire les parrainages qui font l’objet de doublons avec d’autres listes qui ont déposé avant nous. Et pour cela, on fera un recours, le moment venu, parce que ce n’est pas légal, ce n’est pas conforme à la Constitution. Instaurer une concurrence entre les candidats au moment du dépôt, ce n’est pas normal.

C’est comme si vous faites un examen et qu’on vous dise le premier qui dépose son dossier gagne des points. La Constitution prévoit que les partis concourent à l’expression des suffrages. Elle ne prévoit nulle part, ni dans son esprit, ni dans sa lettre, qu’il peut y avoir une concurrence sur la date de dépôt de quelque dossier que ce soit.

Deuxièmement, nous allons nous battre pour prouver que les 25 000 parrainages dont ils parlent, sont effectivement sur les listes électorales et sont effectivement dans les régions et que le fichier dont ils disposent est vicié. En rétablissant cela, nous nous retrouverons avec nos parrains. Les 23 000 validés, les 10 000 régularisés, les 43 000 qui reviennent. Au total, on se retrouve avec 58 000.

Pour précision, on n’a aucun problème pour notre parrainage. Mais parce qu’ils veulent éliminer certains candidats gênants, comme moi, qui connaissent l’Etat, qui ont vécu avec eux, qui pensent clairement qu’ils sont en train d’aller dans la mauvaise direction et qui pourraient également s’allier avec d’autres candidats qui sont dans le Front. On n’a aucun problème, on ne démissionne pas, on n’arrête pas, on continue le combat. Il y aura une liste établie par le Conseil constitutionnel qui fera l’objet de recours éventuellement, si nous n’y sommes pas. Et après, il y aura une liste définitive.

Et si le Conseil constitutionnel venait à invalider votre candidature…

Il n’y aura aucune invalidation sur la base du contrôle du parrainage, aucun risque d’invalidation.

Vous pensez que vous allez passer ?

On va participer aux élections de façon claire et certaine, s’il plait à Dieu.

On va vers une Présidentielle assez cruciale. Pensez-vous, comme certains analystes politiques, que l’opposition doit trouver des mécanismes de groupement en entités assez fortes pour avoir une chance de battre Macky Sall ?

C’est ce qui est en train d’être fait. Aujourd’hui, il y a un Front de résistance de l’opposition, composé d’une cinquantaine de partis, dont notre mouvement, «Jengu», et une coalition, Fippu, dont je suis le candidat, composée d’une dizaine de partis et de mouvements. Ça, c’est un pôle. Il y a d’autres pôles qui ne sont pas autour de certains candidats de l’opposition.

Mais la grande question maintenant, est que chacun doit se battre pour être candidat d’abord. Quand on aura une liste, je pense qu’il faudra qu’on fasse une analyse des forces en présence pour voir quelles sont les chances de succès. C’est en fonction des chances de succès qu’il faudra poser des stratégies gagnantes. Si l’opposition compte trop de candidats, cela va décourager le vote et quand on n’a pas suffisamment de candidats crédibles, ça peut être effectivement favorable au parti au pouvoir.








Papa Sambaré Ndour 



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