Abroger et renégocier des accords de pêches : Attention Sonko ! Ne mettez pas nos pêcheurs dans la précarité
Le candidat déclaré à la candidature, Monsieur Ousmane Sonko de PASTEF est d’avis que les accords de pêche signés par l’Etat ne prennent pas suffisamment en compte les intérêts du Sénégal. Sa solution à lui consisterait à les abroger et à renégocier d’autres qui selon lui « permettront aux pêcheurs de vivre des fruits de leur labeur. Mais aussi, aux Sénégalais, de pouvoir à nouveau manger du poisson qui, jusque-là, était exporté vers l’Europe, le Japon, entre autres. »
Il avait fait cette déclaration à Mbour le 19 décembre 2018 dans le cadre de sa tournée. Des propos qui ont surpris et inquiété les pêcheurs sénégalais qui interviennent dans les eaux bissau guinéennes, gambiennes, mauritaniennes et cab verdiennes, et qui cherchent aujourd’hui les possibilités de diversifier les pays de pêche à travers des accords entre Etat.
Croyant que c’était une erreur de langage de la part du leader de PASTEF, voilà qu’il le réaffirme sur le plateau de la 2STV où il était invité pour se prononcer sur le discours du Président Macky SALL.

Monsieur le candidat à la candidature, vous avez décidé dans vos dires si vous êtes élu « d’abroger et de renégocier des accords de pêche afin de permettre aux pêcheurs de vivre des fruits de leur labeur ». Bravo Monsieur l’expert !
Mais Monsieur Sonko, il faudrait connaitre d’abord l’histoire de la pêche et des pêcheurs au Sénégal avant de se prononcer sur un sous-secteur très sensible. Car à vous entendre parler de la pêche, on voit sans nul doute vos limites ou votre manque de politique de développement pour ce sous-secteur très important de l’économie nationale.
Pour votre information, je voudrais vous faire comprendre que le Sénégal est l’un des rares pays d’Afrique qui a une tradition de pêche avec des communautés et des villages de pêcheurs. Ces communautés sont des léboues de Dakar avec leurs villages, des séréres niominka de Fatick et Thiés, des thioubalos du Fouta et des guets ndariens de Saint-Louis.

Pour votre information, ces communautés qui se comptent par centaines de milliers n’ont autre activité que la pêche. Et cet héritage se transmet de génération en génération. Aujourd’hui, on les trouve sur le long de la façade Atlantique du Maroc à l’Angola. Qu’il y ait un accord ou pas, ils iront pêcher dans ses pays avec bien sûr des conséquences parfois très désastreuses.

Pour votre information, le parc piroguier qui était à près de neuf mille (9000) en 2002 est aujourd’hui à près de 22 000 embarcations. Les captures de cette flotte artisanale font 80% des débarquements du Sénégal en produits halieutiques. Et les 20% proviennent de la pêche industrielle.

Pour votre information, cette pression sur la ressource halieutique demande de la part de l’Etat des alternatives afin de permettre à nos pêcheurs de continuer de vivre de ce sous-secteur. D’où la signature d’accord de pêche avec la Gambie, la Mauritanie, la Guinée Bissau et le Cabo Verde.

Pour votre information, au même titre que le Sénégal, ces pays sont souverains et n’accepteraient jamais un dictat du Sénégal. Le Sénégal pour l’intérêt de ses pêcheurs qui sont demandeurs se doit de les mettre dans les conditions légales. C’est ce qui explique la signature des accords de pêche avec ces pays voisins.

Pour votre information toujours, afin de permettre à ses pêcheurs de vivre de leur métier, l’Etat du Sénégal a jugé nécessaire de diversifier leurs zones de pêche. D’où la nécessité de négocier de nouveaux accords de pêche avec des pays comme la Guinée Conakry, le Maroc, le Libéria, la Sierra Léone, la Guinée Equatoriale, le Gabon, etc. J’ai bien dit négocier et non « abroger et renégocier ». Monsieur l’Inspecteur du Trésor, on ne remet pas en cause un acquis.
Pour votre information, à part la Gambie, la Mauritanie, la Guinée Bissau et le Cabo Verde, le Sénégal n’a d’accord de pêche qu’avec l’Union Européenne pour les thonidés et le merlu à titre expérimentale.

Permettez-moi Monsieur le leader de PASTEF de vous éclairer sur la pêche thonière.
Pour votre information, les thoniers senneurs opèrent dans une vaste zone allant de l’Angola à la Mauritanie et le stock de thon n’appartient pas à un pays mais à tous et leur gestion est assurée par la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (ICCAT ou CICTA).
Pour mieux éclairer votre lanterne, je vous recommande la contribution du Professeur Sogui DIOUF paru dans beaucoup de journaux du Sénégal au courant du mois de juillet 2014. Elle s’intitule : « Les accords de partenariat de pêche durable entre l’union européenne et des pays tiers : Le cas du Sénégal ». A travers cette contribution vous pourrez apprécier le contenu à sa juste valeur.
Quant au merlu c’est un poisson exclusivement marin, qui vit à de grandes profondeurs entre 200 à 1 000 m et qui est rarement pêché par nos pêcheurs artisans.
Pour votre information, l’UE a signé avec des pays tiers, 14 Accords de Partenariat de Pêche Durable (APPD). Onze (11) sont des accords thoniers et trois (3) des accords mixtes.
Pour votre information, le Sénégal avait accordé des autorisations de pêche à des navires étrangers pour la pêche pélagique hauturière de 2010 à 2012. Arrivé au pouvoir en mars 2012, le Président de la République Macky SALL a mis fin à ces autorisations. Le Ministre de la Pêche d’alors Monsieur Papa DIOUF avait tenu une conférence de presse en avril de la même année pour l’annoncer.
Monsieur Sonko, pour l’intérêt de nos pêcheurs artisans prononcez-vous moins sur la pêche ! Au cas contraire, vous risquer de les mettre dans une situation de précarité car les frontières des autres pays leur seront fermées.
A bon entendeur.
Par Talibouye AIDARA
Communicant/Journaliste
Cadre APR département de Bignona
Email : aidara.or.t@gmail.com



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