La bataille juridique sans le combat politique sera vaine (Alassane K. Kitane)


« Malo periculosam libertatem quam quietum servitium » (Je préfère une liberté agitée à une servitude tranquille) le sage Palantin cité par Rousseau, Du contrat social

Quand les lois sont injustes, la justice commence par le combat pour leur abolition. Ce n’est parce qu’une décision est érigée en loi qu’elle est juste. Les noirs Américains ont combattu les lois ségrégationnistes, les sud-Africains ont fait la même chose. Nous ne sommes pas plus pacifistes que les Français sous Macron, nous ne sommes pas plus épanouis et civilisés que les Tunisiens sous Ben Ali : il faut arrêter de rêver, car celui qui nous gouverne ne comprend pas le langage de la raison. De toute façon la démocratie n’a survécu jusqu’à maintenant que grâce à la ferme résistance face aux appétences fascistes et despotiques : le despotisme et le fascisme rôdent toujours dans les faubourgs de la démocratie. Il faut sans cesse de la vigilance et de la détermination de la part des citoyens pour maintenir la démocratie dans son essence et sous sa forme républicaine.

Sans la pression de la rue Wade, ne serait pas défait en 2012 : la psychose de violences avant et post-électorales, la surenchère verbale, les guet-apens des activistes devenus ministres sans niveau, la culture de la peur entretenue par la presse d’alors, etc. ont fini par influer sur l’opinion. Nous sommes pas plus pacifistes que les Français, pas plus que les Ivoriens sous Gbagbo. La démocratie ne se maintient que par la crainte de l’affrontement comme l’a théorisé Rousseau : la paix n’est pas synonyme de tranquillité. La paix est avant tout sûreté selon lui ; et elle n’est que chimère ou tromperie si elle n’implique ne n’inclut « la garantie de la vie et de la liberté de chacun par toute la communauté ».

Les appels à la paix qui ne reposent ni sur la vérité ni sur la justice ne sont qu’une partie de la domination ou, comme le dit fort justement l’auteur de l’Emile, l’apologie de la « paix du despotisme » et du « repos dans la servitude » qui sont indignes de l’homme en tant que sujet de droits. Le despotisme et la paix sont des antinomies de la raison politique si ce mot peut avoir encore un sens. La servitude ou la guerre : c’est manquer de respect aux citoyens que de les mettre devant une alternative aussi sordide. Il ne saurait y avoir de choix entre paix et servitude, car la pseudo paix sous cette dernière est la pire guerre. C’est quoi une loi (« être électeur » !) qui traque des citoyens pour les empêcher de participer aux joutes électorales ? Comment la république peut-elle déchoir sa sacralité pour se réduire à un machin juste bon pour épier des adversaires politiques du Président ?

Votre demeure est vraiment la honte !

Citoyen Sénégalais indigne-toi et bats-toi pour préserver ta démocratie construite sur la base de sacrifices de plusieurs décennies de lutte. Battons-nous contre le travestissement de la démocratie en régime de formalisme juridique. Si Macky Sall réussit son forfait ça va faire tache d'huile partout en Afrique et c'en est fini pour la démocratie. Les hordes sauvages n'ont de respect que pour la force. Tant qu'elles ne rencontreront pas une résistance supérieure ou suffisamment forte en termes de détermination et de mobilisation pour les anéantir, elles ne s'arrêteront pas. Le propre d'un sauvage, c'est de croire que sa force est loi. Les recours et autres solutions juridiques ne serviront à rien sans la résistance citoyenne en appoint. Accepter cette perversion de la démocratie, c’est apostasier son statut de citoyen libre.

Summum jus Summa injuria (une rigueur excessive dans l'application de la loi est toujours source d'injustice). Et quand la loi est faite pour donner une forme juridique à l'arbitraire ceux qui la subissent passivement sont tout aussi coupables que ceux qui l'appliquent sur eux. Quand les institutions ne sont plus en mesure de prendre en charge le destin et le bien d'une communauté, celle-ci a le devoir de considérer que le lien social est dissous et le contrat social rompu. En termes clairs quand la justice ne peut plus être rendue au nom du peuple, celui-ci doit prendre ses responsabilités et refuser l'obéissance.

Le dialogue n’a de sens que si les protagonistes ou les interlocuteurs sont de bonne foi ; et le droit, comme toute science en général, n’a de sens que s’il est au service de l’homme. Une science ne saurait être au service d’elle-même ni au service des intérêts contingents d’un régime : ce formalisme juridique que nous dénonçons depuis le début met en cage le Conseil constitutionnel. Cette institution ne fera jamais à notre place ce que nous pouvons ou devons faire : il faut être juste ! De toute façon les initiateurs de ces lois liberticides ne sont pas des manchots, ils avaient planifié leur forfait depuis lurette.

Une analyse symptomatique de leur lexique peut édifier sur leurs intentions sordides, dès leur accession au pouvoir ! Voici un court abécédaire de la forfaiture programmée !
1. « Une opposition milliardaire » : un tel concept est révélateur d’un état d’esprit politicien. Ce qui a motivé leur pseudo traque des biens supposés mal acquis n’a jamais été une reddition des comptes, mais plutôt la peur de faire face à des adversaires pourvus de tous leurs moyens. Cette expression est sémantiquement liée à celle qui suit.
2. « Réduire l’opposition à sa plus simple expression » : cette formule digne d’un hystérique ou d’un délirant illustre parfaitement la personnalité de celui qui nous gouverne. Il ne s’est jamais comporté comme un véritable opposant, il ne gouvernera jamais de façon démocratique.

3. « Dura lex, sed lex» (la loi est dure, mais c’est la loi) : ce proverbe latin complètement décontextualisé est toujours évoqué par les bourreaux du régime pour justifier leur forfait et clore le débat avant qu’il ne commence. Non ! la loi n’est pas forcément dure, elle n’est dure quand elle ne peut pas être douce, elle n’est dure que parce qu’elle est l’incarnation de la raison. Une loi qui est au service de la folie ne peut pas être supportée par des hommes sensés.

Pour conclure méditons cette formule de Machiavel « les soulèvements d’un peuple libre sont rarement pernicieux à sa liberté ».

Alassane K. KITANE
Président du Mouvement citoyen LABEL-Sénégal



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