Macky et le péché d’orgueil (Par Yoro Dia)
Tellement confiant, il veut convaincre l’opinion et les électeurs que la présidentielle de 2019 n’est qu’une simple formalité – Un bon bilan, c’est très important, mais jamais suffisant pour une réélection où Idy joue son va-tout et Sonko, son atout.

Dans son traditionnel adresse de fin d’année, le président de la République n’a consacré que quelques minutes à la prochaine présidentielle qu’il a reléguée volontairement à la fin du discours. Il est tellement confiant et veut convaincre l’opinion et les électeurs que la présidentielle de 2019 n’est qu’une simple formalité.

Cette stratégie est un couteau à double tranchant. Elle est efficace si la volonté de Macky Sall est d’enfermer les Sénégalais dans ce que Elisabeth Neumann appelle «la spirale du silence», c’est-à-dire convaincre que c’est gagné d’avance et faire rallier à sa cause les sceptiques, car l’individu veut toujours être du côté de la majorité. Si cette confiance que Macky Sall veut contagieuse relève du péché d’orgueil, le premier tour risque de révéler des surprises. Les électeurs ne veulent jamais qu’on leur présente une élection comme gagnée d’avance.

L’électorat se comporte toujours comme une belle dame : elle veut être courtisée. Le péché d’orgueil est le cimetière de beaucoup de grands hommes politiques. En 1992, aux Etats-Unis, Georges Bush père, vainqueur de la guerre d’Irak avec la plus grande coalition depuis la guerre froide, réussite qui a aussi entraîné la prouesse de générer la chute du mur de Berlin, la dislocation de l’Union soviétique et du bloc de l’Est, va perdre la présidentielle face à un inconnu du nom de Clinton, obscur gouverneur de l’Arkansas.

En France en 2002, Lionel Jospin, avec un excellent bilan et sans casserole, mordra la poussière face à un Chirac sans bilan et avec beaucoup de casseroles. Jospin, par péché d’orgueil, avait pris le premier tour pour une simple formalité. Un bon bilan, c’est toujours très important, mais jamais suffisant pour une réélection où Idrissa Seck joue son va-tout et Sonko son atout.

Le parrainage et les candidatures publicitaires

Le seul problème du parrainage est le défaut de consensus politique, mais c’est une excellente idée. Le parrainage est un filtre démocratique entre les candidatures sérieuses et celles publicitaires qui créent un brouillage politico-médiatique dans l’espace public. Nous sommes partis de plus de cent candidats, qui ont retiré des dossiers, à vingt-sept dépôts au Conseil constitutionnel. Et après le filtre du Conseil constitutionnel, on va probablement se retrouver avec une dizaine de candidats. Le parrainage est un filtre démocratique et il est politiquement et moralement plus acceptable que le filtre financier.

Un filtre financier, par exemple, demander une caution de 200 millions ou 500 millions, va créer un «sens caché» comme dit Daniel Gaxie, c’est un régime censitaire fondé sur l’argent et non pas sur la popularité et les idées. Il faut que l’Etat aille plus loin pour limiter à l’avenir les candidatures publicitaires, en faisant précéder le dépôt de la caution au retrait du dossier et en retenant 50% de la caution pour ceux qui n’auront pas réussi à passer le filtre du parrainage. Ainsi, dès le début du processus, nous n’aurons que les candidatures sérieuses et le débat ne serait pas pollué par les candidats publicitaires qui savent qu’ils n’iront pas jusqu’au bout, mais profitent de l’occasion pour avoir leur heure de gloire ou se positionner et marchander leur ralliement.

France : La castration de Jupiter

Pour son discours de fin d’année, le président français s’est voulu «offensif» pour reprendre l’initiative qu’il avait perdue face aux gilets jaunes, mais il n’a pas réussi et ne réussira probablement pas. Un ressort s’est brisé. Le peuple français, ce peuple rebelle, adepte plutôt des révolutions que des réformes, a réussi la prouesse de castrer Jupiter. La révolte des gilets jaunes va être le tournant du quinquennat. «Le vrai caractère perce toujours dans les grandes circonstances», disait Napoléon Bonaparte. La révolte des gilets jaunes a créé des circonstances exceptionnelles qui ont montré le vrai caractère de Macron, c’est-à-dire un manque de caractère, contrairement au Général de Gaulle face à la furie de Mai 68.

Macron a trop tôt capitulé face aux gilets jaunes et s’en rend compte aujourd’hui. Avec la castration de Jupiter, la France rate encore une belle occasion de se réformer. Le mythe Macron s’est effondré. Il n’aura plus suffisamment de légitimité pour entreprendre les grandes réformes qu’il avait promises aux Français. Il va ainsi passer de l’omnipotent Jupiter à simple «résident» du palais de l’Elysée. Le reste du quinquennat risque d’être aussi long que celui d’un président en cohabitation.







Yoro Dia



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