Quête d’alliance électorale avec Wade : Sonko, l’anti-système, pêche dans les eaux du système
 De son face-à-face avec Me Abdoulaye Wade au Terrou bi, samedi, Ousmane Sonko n’a pas obtenu le soutien du Parti démocratique sénégalais. Mais le leader de Pastef ne s’en cache pas, il ne cracherait pas sur une consigne de vote du pape du Sopi en sa faveur. «Personne ne refuse le soutien de Me Abdoulaye Wade», dit-il. Une attitude qui tranche avec la philosophie du leader de Pastef, qui s’est auto-proclamé de champion de l’anti-système.
 
Dans ses sorties depuis la création de son parti le 5 janvier 2014, il mettait sur le même pied les régimes qui se sont succédé de 1960 à aujourd’hui, donc de Senghor à Macky Sall en passant par Diouf et Wade. Le député élu sous la coalition Ndawi askan wi, a bâti une grande partie de son capital politique en se présentant comme un nouveau type d’homme politique.
 
«J’ai décliné l’appel téléphonique de Karim parce qu’il est un produit de ce système»
 
En fricotant avec le Pds aujourd’hui, Sonko semble remettre en cause ses principes d’hier. Et pose sur la table la crédibilité de la parole des hommes politiques au Sénégal où les circonstances dictent souvent les options prises de part et d’autre. S’il convoite le Pds, Sonko n’oublie pas qu’en juillet 2016, il avait refusé de prendre un appel téléphonique de Karim Wade, quelques jours après son exil au Qatar.

«Le Sénégal a un problème systémique extrêmement profond. Karim Wade est un produit et désormais un leader dans ce système. (…) Karim Wade a été condamné, élargi de prison dans des conditions nébuleuses et livré au Qatar. Je ne vois pas de quelle légitimité il peut disposer pour incarner un leadership politique, notamment au niveau de l’opposition et essayer de créer un intérêt autour de sa personne. Raison pour laquelle, j’ai décliné l’appel téléphonique de Karim Wade», avait déclaré Sonko.
 
De «convergences durables» au «consortium d’intérêts de circonstance»
 
Dans la même logique, lors des Législatives, le député s’était très tôt démarqué de Manko taxawu senegaal comme coalition même si le Pastef y était membre en tant que front. Sa coalition Ndawi askan wi se définissait comme le fruit de «convergences cohérentes et durables» par opposition au «consortium d’intérêts disparates et de circonstance», une allusion à l’opposition classique. En tendant sa sébile pour avoir la consigne de Wade, le candidat de la coalition Sonko Président risque de se mettre à dos une partie de son électorat qui s’identifiait à son discours. Déjà, sur les réseaux sociaux, cette rengaine populaire que «tous les politiciens sont pareils» commence à prendre forme.
 
«Nous combattons un système et non des hommes. On peut faire partie d’un système et ne rien se reprocher. Le système que nous combattons fait référence à la vision, au programme et à la gouvernance. On peut poser un certain nombre d’actes et se rendre compte aujourd’hui, qu’on n’était pas dans le bon chemin. Cet homme peut prendre une autre voie pour servir son pays. On ne cible pas des hommes», s’est-il justifié après son audience avec Wade. Une nouvelle définition du «système» !
 
Les Libéraux partagés entre Idy et Madické
 
De plus, il est peu probable que le Pds suive à la lettre une éventuelle consigne de Me Wade pour le leader de Pastef. Sa sortie dans une vidéo non datée, mais publiée en octobre dernier, soutenant que «ce ne serait pas un péché de fusiller tous les Présidents qui se sont succédé à la tête du Sénégal» est encore vive dans la tête de certains Libéraux.
 
«Sonko doit savoir que ses aînés ont autant de mérite sinon plus que lui. Il n’est pas le premier à être renvoyé de l’Administration pour un combat politique assumé. Trop c’est trop ! Nous ne nous laisserons pas lyncher sans raison et sans réaction», s’était insurgé à l’époque Babacar Gaye, porte-parole du Pds. De plus, le Secrétaire général de la Fédération régionale du Pds à Kaffrine a écarté Sonko des candidats qu’il doit soutenir. «Le Pds doit soutenir Idrissa Seck ou Madické Niang», a-t-il estimé il y a quelques jours.
 
Au-delà, la Fédération de Kaolack a déjà acté son ralliement à Idrissa Seck. Mais si Ousmane Sonko s’est tourné vers l’électorat du parti libéral, c’est parce qu’aussi sa bataille à distance contre Idrissa Seck, comme leader des candidats de l’opposition au sein de l’opinion, a tourné en sa défaveur. Le président du Conseil départemental de Thiès s’est donné un nouveau souffle avec la vitesse exponentielle des ralliements de Pape Diop, Gakou et surtout celui de Khalifa Sall. Voilà pourquoi Ousmane Sonko espère un salut venant de Me Wade.





 
Par Babacar Guèye DIOP
 bgdiop@lequotidien.sn



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