A côté de leurs présidents de maris, les Premières dames jouent leur partition pour donner un éclat à leur magistère. Effacées pour certaines, dévouées et très présentes pour d’autres, l’enjeu, le contexte et les urgences de l’heure font qu’il est difficile de décrypter le véritable rôle de ces femmes de fer. En tout état de cause, derrière leur supposée philanthropie se cachent toujours des desseins inavoués. En l’occasion de cette journée du 8 mars qui leur est dédiée, SeneNews vous propose une plongée dans l’univers de ces faiseuses d’hommes forts.
Premières dames au cœur : Intrusion dans l’univers de ces femmes si influentes !
Le moins que l’on puisse dire est que les Premières dames ont une forte influence sur la marche du pays. Sans un véritable statut juridique, ces épouses de présidents ont pourtant un semblant de « cabinet fantôme » qui déroule et exécute les feuilles de routes de leur organisme.

Aujourd’hui, le constat est que la création de fondations chez ces dames est devenue en vogue et existe presque partout dans le monde. Il faut voir derrière cette pratique l’influence des Etats-Unis dont le terme « First Lady » est parti pour être adopté de par le monde, avec tout ce que cela implique comme tâches et responsabilités.

Des actions caritatives pour le compte du président

Même si dans leurs orientations les fondations de premières dames indiquent qu’elles ont un rôle purement caritatif, la vérité est que leurs agissements sont souvent adossés à un calcul de retombées sur le plan politique. Les actions humanitaires dont elles font la promotion, ont forcément une influence sur l’image de leurs conjoints surtout quand elles sont publicisées à outrance.

Au Sénégal par exemple, presque toutes les œuvres des Premières dames à travers leurs fondations éclaboussent et s’invitent dans les débats. C’est de bonne guerre et c’est le cas dans tous les pays où ce statut de Première dame est souvent perçu comme une « vice-présidence » à cause de la proximité des deux partenaires. C’est donc clair que tous les pas que les Premières dames et leurs fondations sont amenées à poser, se mesurent à l’aune du bénéfice que le mari-président peut en tirer.

En Afrique, la Première dame est principalement considérée comme le bras droit du président et parfois même sa dauphine sur le plan politique. Contrairement à d’autres, certaines font le choix de s’affirmer sur le plan politique et font du vrai militantisme. Les situations des anciennes premières dames de la Côte d’Ivoire (Simone Gbagbo) et de Grace Mugabe (Zimbabwe) par exemple, font office de cas d’école.

Réputée dame de fer au caractère bien trempé, Simone Gbagbo a été citée comme responsable dans la violence post-électorale de 2011 et qui a abouti à l’arrestation de son mari. Elle aurait influencé Laurent Gbagbo pour qu’il ne reconnût pas sa défaite face à l’actuel président Alassane Ouattara.

Quant à Grace Mugabe, il n’y avait aucun doute qu’elle tirait les ficelles avant la chute de son époux Robert, qui paiera pour son entêtement à lui céder « sa place ». Les derniers actes posés par l’ancien président Robert Mugabe, avec des limogeages et des exclusions au sein de sa formation politique, étaient sans aucun doute dictés par le désir injustifié de sa succession par sa femme.

Même aux Etats-Unis et en France où la démocratie respire plus, les Premières dames sont appelées à jouer un rôle de premier plan. Sous le couvert de la philanthropie, ces dames agissent et influencent parfois les actions gouvernementales.

Selon l’orientation de leurs fondations, elles saisissent de manière discrète les départements et ministères concernés pour répondre efficacement à l’appel des nécessiteux. Voilà ce que la Première dame de la France, Brigitte Macron, a révélé lors de sa visite à l’île de Gorée en février 2018 : « quand je suis interpelée sur des sujets, j’en discute avec mon mari et on voit comment faire au mieux. Souvent je m’associe au ministre concerné ».

Cette confession de Mme Macron permet de dire exactement la nature de la tâche de la Première dame ; elles servent en réalité de porte-voix aux couches vulnérables, souvent aphones. L’influence est parfois telle que les dames en question s’érigent en coach pour leurs maris.

Dans un ouvrage publié par la journaliste Nina Burleigh, on peut lire à propos de la relation entre Donald et Melania Trump : « il lui parle de tout. Melania, elle, ne s’excuse jamais pour ce qu’elle lui dit (…) Elle dit exactement ce qu’elle pense de son mari ». Ce témoignage montre que l’épouse de Trump, comme celle de Barack Obama avant lui, a un rôle qui va au-delà du faire-valoir.

Quid des Premières dames du Sénégal ?

A part Madame Colette Senghor, toutes les Premières dames du Sénégal se sont donné corps et âmes dans la gestion du pays. Elles ont eu à recourir à des fondations pour avoir une marge de manœuvre plus ou moins légitime et un semblant de statut. Si Colette Senghor s’en était privée, ce n’est dû que par le contexte d’alors.

Le Sénégal venait de gagner son indépendance et les défis étaient majeurs, ce qui mettait donc l’urgence ailleurs. L’Etat ne disposait pas d’assez de budget et les rares partenariats qui se nouaient visaient à bâtir des secteurs économiques et sociaux forts à travers la coopération Nord-Sud. Les bailleurs et les ONG n’avaient pas à l’époque un penchant pour des associations caritatives, lesquelles n’existaient presque pas dans notre pays.

Sous Abdou Diouf par contre, la nature socialiste du régime a favorisé la naissance de la fondation de la première dame Elizabeth Diouf. D’ailleurs l’appellation de son organisme sous le vocable « Solidarité-Partage » est assez expressive de la nature de sa tâche : se solidariser avec les pauvres et partager avec les couches les plus défavorisées. Voilà pourquoi Elizabeth Diouf et sa fondation œuvraient principalement dans le social à travers, surtout la distribution de moulins dans le monde rural. Ceci provoquait un tant soit peu de sympathie et de retombées politiques de la part de ceux qui en bénéficiaient.

C’est dans le même registre qu’il faut inscrire les actions des premières dames sous le régime du président Wade et de Macky Sall. Aidées par la démocratisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication, ces épouses de président se mettent toujours au-devant de la scène avec leurs œuvres caritatives.

Leurs réalisations se font au grand jour et les bénéficiaires de telles œuvres se fondent en remerciements à travers les médias et réseaux sociaux. A travers sa fondation « Education-Santé », Madame Wade a spécialement inscrit ses actions dans les deux secteurs qui sont les plus névralgiques. Peut-être est-ce grâce à l’influence de Viviane Wade que l’éducation pour tous a été un des objectifs majeurs de Wade et le traitement salarial des enseignants a relativement augmenté. Sous le président Wade en effet, les enseignants obtenaient presque toujours des satisfactions à la suite de grèves cycliques. Sa plus grande réalisation demeure cependant la construction de l’hôpital Ninéfécha.

Si pour Madame Wade son implication dans les négociations n’est pas directe et démontrée, celle de Marieme Faye Sall n’est pas passée inaperçue. En 2018, lorsque la situation des grèves était devenue inextricable, c’est son influente médiation qui a pu sauver le système éducatif déjà très mal en point. L’influence de Marieme Faye Sall ne se résume pas à ce seul dossier ; elle serait à l’origine de la nomination de beaucoup de ministres. Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler la célèbre boutade du ministre Mbagnick Ndiaye, qui disait devoir son poste de ministre à la Première dame. Hormis les actions humanitaires qui constituent son quotidien, le nom de la Première dame est souvent associé à de fortes décisions.

Dans le site de la présidence, on peut lire les grandes lignes de la fondation « Servir le Sénégal » de l’actuelle Première dame et il s’agit entre autres de : « l’accès d’urgence à l’hémodialyse et aux soins rénaux ainsi que le soutien aux populations en détresse, aux marchandes de poissons démunies et au plus nécessiteux des pèlerins en route pour les lieux saints de l’Islam », et tout ceci « avec une générosité désintéressée et un profond souci d’équité » de la maîtresse des horloges.

Par contre ce qui n’est pas dit, c’est que parfois il y a comme un parfum de corruption derrière ces actions de haute portée humanitaire, notamment en temps électoral où la distribution de vivres ne peut que perçue comme telle.







Ababacar Gaye



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