DEUX MORTS À REBEUSS: AU-DELÀ DE LA TRAGÉDIE, LA SURPOPULATION CARCÉRALE EN QUESTION
La prison de Rebeuss a enregistré deux morts, mardi, aux environs de 23 heures. Ce drame pose le débat sur la surpopulation carcérale. En effet, avec ce surpeuplement des chambres à Rebeuss, il est difficile, voire impossible d’évacuer ces détenus en pareilles circonstances sans dommages.
La mort de deux jeunes de 18 et 19 ans en prison a ému tout le monde. Même s’il revient à l’enquête ouverte de déterminer les circonstances de cet accident malheureux, force est de constater qu’au-delà de ce drame, se pose le débat sur la lancinante question de la surpopulation carcérale. En effet, Rebeuss étouffe. Cette vieille bâtisse qui remonte à l’époque coloniale (1914) d’une capacité de 600 places, abrite aujourd’hui plus de 2500 pensionnaires. Cette surpopulation carcérale et la vétusté des bâtiments sont à l’origine des difficiles conditions de détention des pensionnaires. Comme en atteste les différentes sorties de l’activiste Guy Marius Sagna, qui a été détenu un mois de détention à Rebeuss. A l’en croire, même si les hommes sont en conflit avec la loi, leurs conditions de détention sont parfois inhumaines. Il en veut pour preuve le surpeuplement de la plupart des chambres. Dans certaines chambres, les détenus sont entassés comme des sardines. Et, nombreux, dit-il, sont les prévenus qui restent dans une position assise durant toute une nuit, les uns blottis contre les autres.

Les prisonniers dorment en pleine audience
Combien de fois le juge, lors des audiences de flagrants délits, a appelé des prévenus à gorge déployée sans aucune réponse, tout simplement parce qu’ils sont plongés dans les bras de Morphée pour combler leur manque de sommeil en prison ? A cela s’ajoute un déficit de toilettes pour toute cette population carcérale. Il faut, en effet, faire la queue pendant plusieurs heures pour avoir droit à un bain. Ainsi, devant cette absence d’hygiène, nombreux sont ceux qui souffrent de pathologies diverses. L’activiste a aussi révélé que pour manger à sa faim, certains détenus usent de muscles pour être servis. Une situation difficile que vivent au quotidien les détenus. A l’image de leur santé qui se dégrade, les nerfs aussi sont tendus. Ainsi la moindre inattention ou provocation peut mettre le feu aux poudres.
S’il est vrai que c’est une étincelle qui a été à l’origine de cette panique, l’on imagine les conditions dans lesquelles la bousculade s’est déroulée, dans cette chambre 11 pleine comme un œuf. En effet, poussés par un instinct de survie, les détenus tentent par tous les moyens, dans ce lieu fermé, de sauver leur peau. Dans ce rapport de force, gare à ceux qui tombent. Ils sont piétinés, étouffés par les plus forts. Ce qui peut conduire à mort d’homme. En tout cas, cette surpopulation carcérale combinée à la vétusté des bâtiments avait conduit à une mutinerie le 20 septembre 2016. Durant cet affrontement entre les agents de l’administration pénitentiaire et les détenus, le nouveau pensionnaire Ibrahima Mbow a été tué. Par le passé également, des mutineries ont été notées en 1996 et en 1971. Pourtant, pour lutter contre cette surpopulation carcérale, le régime du Président Macky Sall avait annoncé la construction d’une prison moderne à Sébikotane. D’ailleurs, l’ancien ministre de la Justice, Me Sidiki Kaba, avait procédé à la pose de la première pierre le 26 janvier 2015. Mieux, il avait révélé que cette prison d’une capacité de 1600 places, avec des chambres à deux, quatre et six personnes, d’un coût de 650 millions, serait livrée au courant de l’année 2017. Cependant, depuis lors, les clés ne sont toujours pas livrées. Et, c’est Rebeuss qui continue d’étouffer, au grand malheur de ses pensionnaires.

(Avec Les Échos)



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