Une partie de l’Armée, acclamée par l’opposition au président IBK, tentait hier un coup d’État dans la capitale malienne. Jusque tard dans la soirée, la situation était confuse. Le président Ibrahima Boubacar Keita et son Premier ministre Boubou Sidibé étaient entre les mains des mutins. Ils ont été transférés au camp militaire de Kati, le plus grand du pays, situé à quelques kilomètres de Bamako. Pays voisin du Mali, le Sénégal peut-il subir les dégâts collatéraux d’une telle situation ? En clair, y a-t-il des risques que l’instabilité qui prévaut au Mali ait des répercussions dans notre pays ? Le Témoin a posé ces questions aux universitaires Maurice Soudieck Dione et Moussa Diaw de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis.
Effets collatéraux du Putsch malien/ Avis d'experts:
Le Mali a connu mardi un énième coup d’État. Une prise du pouvoir par les militaires qui constitue certainement la dernière expression de la descente aux enfers de cet ex-colonie française menacée par les groupes armés djihadistes et agitée par une crise économique et sociale sans précédent. Les événements d’hier sont partis du grand camp militaire de la ville garnison de Kati, proche de Bamako, lieu du précédent putsch de 2012, lorsqu’une mutinerie emmenée par le capitaine Amadou Sanogo avait contraint l’ancien président Amadou Toumani Touré à la fuite pour se réfugier ensuite au Sénégal.

À l’époque, les soldats prétendaient se révolter contre l’incurie du gouvernement face à la progression de la rébellion touareg alliée à des groupes islamistes, et aux lourdes pertes subies par une armée aussi sous-équipée que mal payée.

Partis ce mardi de Kati où de nombreuses rafales de tirs ont été rapportées par des habitants et des militaires, les mutins se sont ensuite rendus au domicile de plusieurs figures du gouvernement du président élu Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Les arrestations de plusieurs personnalités politiques et de gradés de l’armée ont été évoquées à Paris et à Bamako, mais l’incertitude régnait quant au sort du Premier ministre, Boubou Cissé, à qui une frange de l’armée reproche d’avoir ouvert des canaux de négociations avec des groupes armés « djihadistes ».
En fin d’après-midi, on apprenait que le président de la République et le Premier ministre ont été faits prisonniers et conduits au camp de Kati.

Pr Moussa Diaw : « Les ingrédients sont là au Sénégal »

Face à cette situation confuse qui se passe aux frontières du pays de la Téranga, Le Témoin a voulu savoir les conséquences éventuelles de cette crise politico-sociale sur le Sénégal. Après avoir souligné que le Mali est un pays voisin, le professeur Maurice Soudieck Dione pense que cette crise peut bien avoir des conséquences sur le Sénégal. Parce que, rappelle l’enseignant chercheur à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, le Sénégal et le Mali sont historiquement liés par la fédération du Mali. Le professeur Moussa Diaw pense la même chose. Lui aussi enseignant chercheur à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, il estime que la situation qui prévaut à Bamako peut bien avoir des conséquences au Sénégal qui a une proximité géographique et politique avec le Mali. « Et au niveau de la sous-région si un conflit éclate dans un pays, il peut y avoir des conséquences dans les autres. Surtout s’ils partagent la même frontière. C’est le système géopolitique. Ce qui se passe au Mali peut affecter l’ensemble de la sous-région. Ce sont des Etats qui ne sont pas solides et connaissent des difficultés de bonne gouvernance qui se traduisent par une gestion patrimoniale des ressources, entre autres facteurs. C’est pourquoi, il faut surveiller et veiller à ce que les mêmes erreurs qui ont déclenché la crise malienne soient évitées au Sénégal » explique le Professeur Diaw.

A l’en croire, pour éviter le même syndrome au Sénégal, le gouvernement doit d’abord écouter l’ensemble des acteurs. Car, explique-t-il, une gouvernance politique est une gouvernance faite avec les populations. « Les autres ont des propositions et en les écoutant, on peut trouver des solutions. Le problème dans nos pays, c’est qu’on gagne une élection et ferme les portes aux acteurs qui ne sont pas dans notre camp. Le dialogue doit être permanent entre tous les acteurs du pays. Sinon, on peut aller vers des situations radicales. La marginalisation créée des frustrations. L’opinion publique est très importante dans État de droit » conseille le Pr Moussa Diaw.

Pr MAURICE SOUDIECK DIONE « Tout ce qui est reproché à IBK est reproché à Macky »

Pour sa part, le professeur Maurice Soudieck Dione pense que le Sénégal doit tout faire pour œuvrer au retour à la paix au Mali. « Problèmes de gestion de l’Etat, de bonne gouvernance, de clanisme entre autres. Tout ce qui est reproché au Président IBK et son régime est reproché pratiquement au président Macky Sall et à son pouvoir. Dans le fond, ce sont les mêmes questions, c’est-à-dire des problèmes de gestion, qui se posent dans les deux pays », dixit le professeur Soudieck Dione.

Toutefois, relativise-t-il, ce n’est pas parce qu’il (le Mali) est en crise que nous le serons car « nous n’avons pas les mêmes réalités, les mêmes difficultés ». Le professeur Moussa Diaw pense, lui aussi, que tous les ingrédients sont là pour vivre le même syndrome que le Mali. « Si jamais il y a un soulèvement populaire, on ne saura pas où cela va mener », prévient M. Diaw. Selon lui, le renforcement de l’opposition est une exigence pour l’équilibre de la démocratie. En effet, soutient-il, le problème de l’Afrique, c’est aussi les élections. Les gouvernants font tout pour se maintenir au pouvoir. « Il faudra qu’on respecte les règles du jeu. Il faut qu’on mette fin à ce débat sur le troisième mandat. Seul deux mandats suffisent pour poser, matérialiser ses projets de développement. Vous voyez ce qui se passe actuellement en Mauritanie ? Si le président Aziz avait géré avec beaucoup de transparence les ressources, il ne serait pas inquiété actuellement. Et beaucoup de chefs d’Etat africains sont apeurés par ce genre de situation. Qui ne veut pas être inquiété à son départ du pouvoir doit gérer de manière sobre et vertueuse le pouvoir » conseille sagement en conclusion le professeur Moussa Diaw.

Le Témoin



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