Dans cet entretien avec le journal de l’économie sénégalaise, le président de l’Association des assureurs du Sénégal (Aas) confirme cette assertion en ce qui concerne la pandémie de la Covid 19, qui à son avis constitue, en effet un risque spécial qui dépasse souvent le périmètre d’intervention des assureurs. Il revient avec nous sur les questions liées au taux de pénétration de l’assurance, le rôle institutionnel de son secteur dans le financement de l’économie et dégage les perspectives pour le secteur.
Souleymane Niane Président de l’AAS : « On ne peut pas couvrir un risque qui n’est pas garanti »
Monsieur le Président, comment se porte le secteur des assurances dans le contexte actuel de COVID-19 ?

Vous savez, la pandémie n’épargne aucune des composantes de notre économie, le secteur des assurances ne fait pas exception. A court terme, elle affectera notre solvabilité, notre croissance, et nos charges de sinistres. Car ce sont les branches d’assurance comme le transport (marchandises transportées, risque aviation…), le voyage, et l’épargne qui ont été immédiatement impactés.
Les nouvelles conditions d’exploitation de nos activités vont nous amener nécessairement, à revoir les formes de notre relation avec nos assurés et les bénéficiaires de contrats.

La digitalisation devra prendre une place significative dans la participation à la résilience du secteur, mais aussi à sa mutation pour s’adapter au mieux, aux besoins du marché. Bref, à ce stade nous ne pouvons pas mesurer l’impact direct, car la période d’analyse est très courte, et notre activité fait appel à d’autres acteurs partenaires, nos réassureurs.

Nous pouvons cependant affirmer que l’impact sera moindre en 2020 du fait que les principaux contrats avaient déjà été renouvelés, même si nous craignons des impayés sur quelques polices d’assurances de sociétés exerçant dans des secteurs fortement impactés tels que l’Hôtellerie, la Restauration et le Transport.

Cependant nous vous ferons remarquer qu’en Europe, le premier réassureur mondial, Munich RE, a généré un bénéfice de 800 M € au deuxième semestre 2019 en baisse de 50,8% par rapport au premier semestre. Ce leader mondial, Munich RE indique également, compte tenu des incertitudes liées à la Covid-19, qu’elle « ne publiera pas de prévisions de bénéfices pour 2020» et ce malgré la batterie de statistiques, d’économistes, et de conseillers au sein de cette institution.

Combien pèse votre secteur dans le Pib de l’économie et comment vous intervenez dans le financement de l’économie sénégalaise ?

La collecte nette des assureurs pour l’exercice 2019 se chiffre à 196,317 milliards et représente seulement 1,41% du PIB. Le premier rôle d’un assureur est de sécuriser le patrimoine et la vie des entreprises et des personnes. Face aux aléas de la vie, des produits, répondant aux besoins de protection mis à disposition par les compagnies d’assurances, participent à l’essor économique du pays. Un rôle moins connu de l’assureur, tout aussi important est celui d’investisseur institutionnel et particulièrement dans sa participation au financement de l’économie nationale par la mise à disposition d’une épargne intérieure longue.

En 2018 par exemple, 22,38% des placements des compagnies d’assurance sénégalaises ont été investis en obligations d’Etat et en Bons du Trésor. Il convient de faire remarquer qu’à côté de cet investissement direct, le secteur bancaire utilise en grande partie les ressources des compagnies d’assurance placées sous forme de Comptes à Terme dans leurs livres pour souscrire à des obligations d’Etat et des bons du trésor ou financer l’économie. Pour rappel,132 milliards de FCFA ont été placés au sein des banques, soit près de 43% des placements du secteur en 2018.

Les assureurs participent aussi au financement du secteur privé par la prise de participation dans des sociétés opérant dans des domaines stratégiques. Il faut souligner que le taux de pénétration de l’assurance reste malgré tout très faible au Sénégal et en Afrique en général. Il se situe respectivement à  1,33% et 3%. Cette faiblesse est certainement liée au pouvoir d’achat, mais aussi à la culture financière des populations, laquelle me semble -t-il  ne pourra se développer que par l’instauration d’une obligation d’assurances pour certains risques à caractère social.

Les compagnies d’assurances, de réassurance et les organismes particuliers d’assurance regroupés au sein de l’Association des Assureurs du Sénégal (AAS) ont répondu à l’effort de guerre sanitaire à travers le Fonds COVID-19. Peut-on savoir la portée de cette contribution ?

Face à la crise sanitaire majeure, liée au Covid-19 que traverse notre pays, son excellence Monsieur Macky SALL, Président de la République du Sénégal, a mis en place un Fonds de Riposte et de Solidarité, « Force Covid19 » pour un montant de 1000 (mille) milliards FCFA dont l’objectif est de lutter contre cette pandémie et limiter ses conséquences économiques et sociales.

Compte tenu des risques liés à cette pandémie, nous avons conclu que nous devons plus que jamais conjuguer nos efforts pour garantir des perspectives de croissance, de stabilité et de protection pour tous. C’est pourquoi il était important pour nous de répondre favorablement à l’appel du Chef de l’Etat par une participation significative à cet effort national.

Notre contribution au Fonds Force Covid19 d’un montant de 500 millions de FCFA a été mobilisée immédiatement, et je profite de vos colonnes pour adresser mes remerciements les plus sincères aux membres de l’Association pour cette marque de solidarité dans un contexte de double crise sanitaire et économique.

Malgré ce rendez-vous à l’élan de solidarité nationale, les assureurs sont perçus par les usagers comme absents pendant la crise sanitaire, notamment avec l’exclusion du risque pandémique et des pertes d’exploitation. Autrement dit, les dommages ou pertes liés à la COVID -19 sont-ils assurables ?

Dans un contexte de crise sanitaire avec ses conséquences économiques, les regards s’orientent naturellement vers les assurances santé, les assureurs vie et les assureurs dommages et pertes d’exploitation. Il faut noter que les garanties pertes d’exploitation couvrent les pertes financières dues à l’arrêt de l’activité d’une entreprise du fait d’un sinistre ayant causé des dommages matériels (incendie, bris de machines, dégâts des eaux etc.) ce qui n’est pas le cas de la pandémie de Covid-19. Il n’existe pas, aujourd’hui, de solution assurantielle sur les pertes d’exploitation non consécutives à des dommages matériels, sauf stipulation expresse. Celles-ci ne font pas partie des risques couverts par une grande majorité des contrats d’assurance des entreprises.

Vous conviendrez avec moi qu’on ne peut pas couvrir un risque qui n’est pas garanti. La pandémie constitue un risque spécial et dépasse souvent le périmètre d’intervention des assureurs.

Monsieur le Président, les assureurs ne doivent-ils pas réfléchir à la création d’un mécanisme ou un régime assurantiel de catastrophe sanitaire, du même type que celui de catastrophe naturelle ?

Absolument, les pandémies ne font pas partie des risques inscrits dans les contrats. Les pandémies doivent dorénavant être inscrites comme risques émergents au même titre que la cybercriminalité. Ces risques présentent un caractère systémique, c’est pourquoi les réassureurs à l’échelle mondiale ont engagé la réflexion pour la couverture de ce type de risque.

Les compagnies sénégalaises ont pu passer difficilement le passage du capital social à 3 milliards, pourront-elles passer la barrière des 5 milliards en avril prochain ? Ne faut-il pas différer cette mesure compte tenu de la situation économique causée par la pandémie de la Covid-19 ?

Pour rappel, le Conseil des ministres des assurances a pris, lors de sa réunion du 08 avril 2016, le Règlement n° 007/CIMA/PCMA/CE/2016 modifiant et complétant les articles 329-3 et 330-2 du code des assurances relatifs au capital social minimum des sociétés anonymes d’assurances et du fond d’établissement des sociétés d’assurances mutuelles. Par cette décision, le capital social minimum des sociétés anonymes d’assurances passe d’un (01) milliard à cinq (05) milliards de CFA et le fonds d’établissement minimum des sociétés d’assurances mutuelles de (800) huit cents millions à trois (03) milliards de Francs CFA. La décision vise  d’une part à renforcer la solidité́ financière des compagnies d’assurances, à réduire leur probabilité́ de faillite, et d’autre part, à opérer une consolidation du secteur des assurances, afin d’ accroitre la capacité́ de rétention des primes d’assurance des sociétés et des marchés nationaux, et enfin à permettre aux compagnies de faire face aux frais d’établissement et d’informatisation, sans hypothéquer les ressources nécessaires à l’activité́ et à la solvabilité́ de l’entreprise.

Au Sénégal, toutes les compagnies se sont conformées à la nouvelle disposition prudentielle. Concernant l’étape suivante, qui est celle de porte...



from Leral.net - S'informer en temps réel https://ift.tt/2GVQflv
via gqrds
Share To:

ThiesActu

Post A Comment:

0 comments so far,add yours