Le dépeuplement des professeurs de rang A, noté à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), a fini de prendre des proportions inquiétantes dans le système d’encadrement. Au département d’Histoire comme en Langue ancienne où le phénomène se fait le plus sentir, des enseignants tirent la sonnette d’alarme et préconisent des solutions comme l’éméritat, à l’image de ce qui se fait dans d’autres pays.
L'Ucad se vide de ses professeurs de rang A
L’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), à l’image de certaines structures de formation, est en train de faire face à un phénomène qui mérite une attention : le dépeuplement de ses effectifs d’encadrement dû au départ à la retraite des enseignants de rang A. En effet, depuis une décennie, l’institution connait une vague de retraites qui clouent à domicile des agents qui jouent un rôle majeur dans l’encadrement pédagogique. Cela conduit des professeurs titulaires de chaire à tirer la sonnette d’alarme. Le phénomène, comme le souligne, dans un entretien, le professeur Aboubacry Moussa Lam, égyptologue, est beaucoup plus visible aujourd’hui, dans des facultés comme celle des Sciences humaines. Il risque de s’étendre même dans toutes les facultés de cette institution de renommée mondiale (48ème dans le dernier classement africain). Au département d’Histoire ou en Langue ancienne, la retraite des professeurs de rang A a fini de semer la hantise. «La situation est devenue même préoccupante», déclare le professeur Lam. «On risque même d’aller vers une régression dans le système d’encadrement à l’Ucad, et ce sont les étudiants qui vont en pâtir», avertit l’égyptologue.

Celui-ci craint même la disparition de l’Ecole de Cheikh Anta Diop (Egyptologie) à cause du manque de renouvellement du corps des professeurs de rang A. Dans cette section d’histoire ancienne, des professeurs comme Babacar Sall et Aboubacry Moussa Lam lui-même sont partis à la retraite depuis 2018. «C’est aussi le cas au niveau des Lettres et Langues anciennes où les professeurs Babacar Diop, Mame Sow et Pierre Sarr ont fini de faire valoir leurs droits à une pension de retraite», renseigne le Pr Lam.

L’éméritat, une piste de solution

Pour faire face au phénomène, le Président de la République, Macky Sall, avait préconisé, depuis deux ans, la prolongation, sous forme de contrats, des professeurs de chaire qui partent à la retraite. Cependant, le Pr Lam propose une alternative qui, selon lui, semble beaucoup plus crédible que les contrats. Il s’agit de l’éméritat. «Le titre de professeur émérite constitue une très haute distinction et il est purement honorifique. Ce sont des professeurs qui, au cours de leur carrière, se sont distingués tant sur le plan de l’enseignement, de la recherche et de leur participation au développement ou au rayonnement de l’Université que par leurs qualités professionnelles et leurs réalisations», explique-t-il. Pour lui, le Sénégal peut copier sur les autres universités du monde qui gardent leurs professeurs de façon éternelle.

«Dans la plupart des pays du monde, on laisse les professeurs continuer, moyennant des aménagements, selon un certain nombre de conventions. Avec ce système, les professeurs de rang A enseignent tant qu’ils le souhaitent. L’éméritat existe dans toutes les grandes universités du monde. Cela se fait aux Usa, en Allemagne et dans certains pays africains comme le Bénin ou encore au Mali», affirme le Pr Lam. A son avis, une telle mesure n’influerait pas beaucoup sur le budget de l’Université car, d’après lui, le professeur, déjà parti à la retraite, ne garde que la moitié de son salaire avec ces contrats. L’éméritat permet aussi de magnifier la carrière d’un enseignant-chercheur, justifie-t-il.
Le Soleil



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