Le directeur général de la Société Africaine de Raffinage (SAR) sort enfin de sa réserve, pour ne pas dire de sa «cachette » pour parler à ses compatriotes. Sans langue de bois, Serigne Mboup dit tout dans cet entretien exclusif accordé au « Témoin quotidien ». Du conflit avec Khadim Ba aux ruptures dans l’approvisionnement en hydrocarbures dans notre pays en passant par les lobbys qui voulaient démanteler la Sar… Serigne Mboup, qui est également le maire de Pire et un responsable de l’Alliance Pour la République (APR) n’esquive aucun sujet. Entretien sans détours !
Serigne Mboup:
Le Témoin - Voilà plus de deux ans que vous êtes à la tête de la Société Africaine de Raffinage (SAR). Quelle est la situation financière actuelle de votre entreprise ?

Serigne MBOUP – La situation financière, c’est une question à laquelle on peut répondre parce qu’elle est complexe et elle n’est pas synthétisable. Mais, ce que je peux vous dire est que la Sar, comme toute autre société d’ailleurs, a une mission. Cette mission de service public est d’approvisionner régulièrement le pays en produits pétroliers. Cet approvisionnement-là se passe correctement. C’est le moins que l’on puisse dire puisque le marché est régulièrement approvisionné dans les termes et les conditions de cette mission de service public. Évidemment, cela suppose beaucoup d’engagements financiers. Mais la Sar s’acquitte de toutes ses charges de fonctionnement, paie ses fournisseurs. Elle paye ses salaires, donne les primes dues aux travailleurs et paie ses impôts. On peut dire que c’est une société qui se développe et fait des investissements pour, d’abord, maintenir ses équipements mais aussi améliorer ses outils et autres. Je peux donc dire que la Sar se porte bien.

Quel est l’impact des créances de l’État via la Senelec sur la situation financière de la Sar ?

Ces impacts, habituellement, peuvent être source de difficultés si ces créances atteignent des niveaux importants. Comme vous le savez, elles ne concernent pas seulement la Senelec mais la filière Senelec, les ‘’IPP’’ c’est-à-dire les producteurs indépendants de pétroles et la Senelec elle-même comme client. La Senelec est un grand client de la Sar. Nous avons un marché qui tourne autour d’un peu plus de 220 milliards par an. Evidemment compte non tenu des IPP. S’il y a des difficultés de paiement, forcément cela se répercute sur les engagements de la Sar a vis-à-vis de ses partenaires financiers puisque les produits pétroliers sont portés sur la base de lettres de crédits ouvertes auprès des banques. Il arrive, quand ces encours-là sont importants, qu’effectivement à l’échéance la Sar éprouve des difficultés pour payer. Ce, même s’il y a toujours des mécanismes financiers pour faire face à ses obligations et encore même si ces mécanismes financiers coûtent de l’argent quand même parce que c’est des intérêts qui sont payés. Par le passé, ces encours ont atteint des niveaux importants qui ont pu amener quelques difficultés. Mais, ce qu’il faut noter, c’est que depuis quelques temps le gouvernement a pris toutes les dispositions, à travers le ministère des Finances et du Budget et aussi à travers son véhicule technique qui est le ‘’FSE‘’ — c’est-à-dire le Fonds de soutien à l’énergie — pour que la situation s’améliore de façon très significative. Les encours, il ne saurait en manquer parce que quand vous vendez à un client et que vous facturez il y a toujours des encours. Mais, aujourd’hui, le niveau de ces encours n’entrave en rien le fonctionnement de notre société. Il se situe à un niveau courant. De ce point de vue, beaucoup d’efforts ont été faits. Et le plus important est que la vision du gouvernement, sur instruction de son excellence le président de la République, c’est de mener une réflexion prospective qui permette d’avoir des solutions structurelles et durables. Et cela a été fait parce qu’à partir du moment où le plus gros de la créance a été réglé et que cette vision est mise en œuvre, on peut être très optimiste. Pour l’instant, encore une fois, le plus important c’est que, malgré le Covid-19 avec ses impacts économiques et malgré les difficultés, le ministère des Finances et le ministère de l’Energie ont trouvé des ressources pour que la situation se stabilise et elle l’est maintenant.

À chaque fois qu’on parle de la Sar, on fait allusion à des ruptures dans l’approvisionnement en produits pétroliers dans notre pays. Qu’est-ce qu’il en est réellement ?

Réellement, il n’y en a pas. Parfois, la presse ne fait pas son devoir qui d’aller à la source de l’information. Nous avons vu beaucoup de vos confrères faire des manchettes sur d’éventuelles ruptures de produits, des délestages etc. Par la grâce de Dieu, il n’y a en a pas encore. Nous avons fait des communiqués pour informer l’opinion du fait que ce n’est pas le cas et nous espérons que ça n’arrivera pas parce que nous avons été instruits et parce que c’est notre mission de prendre des dispositions pour qu’il n’y ait pas de ruptures. Mais aussi tous les moyens ont été mis en œuvre pour que, justement, cela n’arrive pas. Vraiment, ce que l’on peut dire sur ce point, c’est qu’il n’y a pas de ruptures et qu’il n’y en aura pas. Malheureusement, nous sommes dans un pays où beaucoup de personnes ont leur mot à dire sur beaucoup de choses qu’elles ne maitrisent pas pour des intérêts que parfois on ne comprend pas. S’il y avait des difficultés, nos responsables de la communication allaient évidemment faire comme leurs confrères de la SONES et de la SENELEC. S’il y avait réellement des problèmes dans l’approvisionnement, la Sar elle-même communiquerait pour dire aux populations « attention telle difficulté peut intervenir » pour qu’ensemble nous prenions les dispositions qu’il faut. Mais je peux vous dire qu’à aucun moment cela n’a été envisageable car la clairvoyance des autorités qui ont défini cette politique énergétique ainsi que notre ferme volonté de faire les choses dans les normes, font que ce genre de problèmes n’est encore jamais arrivé.

Le cabinet Citac Africa Lmt avait, en 2013, fait un rapport sur l’avenir de la Sar. Un rapport dans lequel il avait indiqué d’énormes cercles de danger. Quelles sont les mesures que vous avez prises pour respecter les recommandations de ce cabinet ?

Le rapport du cabinet Cita a été commandité par le conseil d’administration à l’époque. Citac est un cabinet reconnu dans l’industrie pétrolière et qui produit régulièrement des documents techniques de référence. Citac est un partenaire de la Sar, notamment de l’Association des raffineurs africains, et qui connait bien son métier. La Sar date de 1961 et sa mise en exploitation en 1963, elle a 60 ans d’existence. Avec le temps, il faut à intervalles réguliers faire de maintenance. Il faut savoir que la loi nous impose de faire une maintenance générale tous les cinq ans pour mettre à niveau tous les équipements. Cela est fait de façon plus ou moins régulière. Aux États-Unis, on n’a pas construit de raffinerie depuis la 2ème guerre mondiale parce que ce sont des outils dont la maintenance est faite. Le Président Macky Sall a, à son arrivée au pouvoir en 2012, décidé de maintenir la Sar et d’investir. Ce malgré d’intenses lobbyings exercés de partout et qui voulaient que la Sar soit démantelée.

Justement, est-ce que la Sar envisage une extension ou une modernisation dans la zone où elle se situe vu que des populations sont venues s’installer tout autour ? D’une manière générale, quels sont vos projets ?

La Sar a une superficie de 92 hectares. Près du 1/3 peut être disponible. L’autre partie est habitée. Il y a des unités nouvelles qui sont en train d’être construites dans notre enceinte. Le projet d’extension et de modernisation des installations de la Sar et d’augmentation de ses capacités, lancé depuis novembre, est attendu pour être livré en septembre 2021. Il entre exactement dans ce cadre. Ce projet-là va augmenter les capacités de la Sar de 30 %. On va passer de 1,2 million à 1,5 million de tonnes. Il va remettre à niveau beaucoup d’installations. Notamment, il va réduire considérablement la torche que vous voyez, parce que c’est jusqu’à 2 % de la production parfois qui va en fumée Elle va être réduite drastiquement, cette torche. Mais ce va projet permettre surtout de traiter le pétrole brut du Sénégal. Ce qui fait que le Sénégal ne devra plus importer le pétrole brut du Nigéria comme c’est le cas actuellement. Evidemment, on n’a pas besoin d’insister, mais c’est important et c’est évident que ça va renforcer la sécurisation de l’approvisionnement de notre pays en produits pétroliers. La notion de sécurité, qui est une notion importante, qui va être réglée parce que le pétrole ça va au large de Dakar et il y aura un effet financier important pour la Sar d’abord parce qu’il n’y aura plus de lettres de crédits en devises parce qu’il faut savoir qu’on achète en dollars aujourd’hui et qu’on va acheter en CFA à partir d’un fournisseur local qui est Petrosen et ses associés. Et, comme le prévoit le Code pétrolier, c’est ça qui sécurise les besoins du Sénégal. Il faut savoir que le Code pétrolier, déjà, le prévoit, on dit à découverte : avant d’exporter quoi que ce soit, les besoins nationaux sont primordiaux, vendus au prix du marché, c’est vrai, mais vendus en devise locale, vendu aussi à travers un contrat qui est déjà prévu par le Code pétrolier. Et donc, pour rassurer les Sénégalais, c’est l’objet de ce grand projet qui rentre dans la vision du chef de l’Etat qui avait dit d’abord que les ressources nationales appartiennent au peuple. A travers la Constitution, il l’avait prévu. Mais aussi le référendum l’a adopté. Le Président a décidé que, sur les ressources nationales qu’on a, il faut qu’on y ajoute de la valeur locale.

La Protection civile a demandé à la Sar et à l’Etat, depuis 2011, de procéder au démantèlement de la ligne de pipeline de 15 km qui relie la Sar au Port de Dakar. Elle avait même suggéré que ce...



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