C’est un jour comme les autres. Pour Alassane Konaté, un père de famille qui habite le quartier de Diamaguène, dans la commune éponyme, la vie est devenue une lutte permanente. Ce matin de la fin du mois d’octobre, il s’est réveillé avec tout juste de quoi assurer un déjeuner sommaire à sa petite famille. L’allure alerte, les cheveux grisonnants, l’homme garde cependant toute sa superbe. Son port vestimentaire est modeste. A l’en croire, il ne vit plus mais tente de survivre.
Face à la pauvreté: Partir le plus loin possible, une seule obsession des candidats
Depuis que la pandémie de covid-19 a fait son apparition, sa vie est devenue plus précaire encore. Journalier dans une entreprise, il a été remercié par la société qui l’employait. Et depuis lors, il vivote, cherchant à faire bouillir la marmite pour nourrir sa famille. Il dit éviter soigneusement de quémander pour garder sa dignité. « Je travaillais comme journalier dans une société de la place. Un jour, durant la période de l’état d’urgence, le superviseur nous a notifié que l’entreprise allait réduire son personnel. Et puisque les journaliers alourdissaient les charges, ils nous ont congédiés.

Lorsque j’étais dans l’entreprise, je parvenais à régler quelques charges familiales. Je pensais que nos employeurs allaient nous rappeler avec la fin de l’état d’urgence. Ce qui n’a pas été le cas. Dieu merci, on se débrouille pour subvenir à nos besoins à travers le petit commerce que nous faisons, ma femme et moi. Vous imaginez un père de famille qui se retrouve dans cette situation ? La vie est chère, tellement chère ! Avec cette crise sanitaire, beaucoup de chefs de famille se sont retrouvés sans emploi et dans la dèche. Les jeunes, n’en parlons pas même les diplômés parmi eux sont en chômage. Quant à ceux d’entre eux qui n’ont aucune qualification…

Parfois, je me demande à quoi sert un Etat s’il est incapable de garantir des emplois à sa jeunesse. Une jeunesse plus que désespérée
», se désole Alassane Konaté conscient qu’il ne peut plus compter sur l’Etat.

Ce père de famille, à l’instar de beaucoup d’autres, voient ainsi sa vie se résumer en une quête permanente de la fameuse dépense quotidienne. Beaucoup d’entre ces chefs de ménages ne peuvent même pas compter sur leurs enfants. Ces derniers, en âge de travailler, n’arrivent pas à trouver ne serait-ce qu’un stage voire un emploi de journalier. Boulanger dans une entreprise de la place, Massar ne pense qu’à quitter le pays. Par tous les moyens.

Les drames du mois d’octobre qui ont coûté la vie à des dizaines de jeunes gens qui tentaient l’aventure pour rallier l’Europe, ne le dissuadent guère de chercher à quitter le pays. « Nous sommes cinq garçons dans ma famille dont deux seuls à travailler. Les trois plus âgés, qui sont des diplômés et qui auraient pu sortir la famille de la précarité, peinent à trouver un boulot. Ils se résolvent souvent à faire de petits boulots pour aider nos parents. Notre vieille maison ne tient plus et notre mère qui tient un petit commerce, est souvent malade », confie Massar, obsédé par l’idée de quitter un jour le pays et par tous les moyens.

Pour gagner l’eldorado européen si possible. Mère Ndaw tient une gargote dans le quartier de Diamaguène où se bousculent matin et soir, des jeunes désoeuvrés. Cette vieille dame dit comprendre le désir d’ailleurs de ces jeunes. « Ils sont souvent là. Je les entends discuter et comprends leurs soucis. Moi-même j’en ai, puisque mon petit commerce, c’est pour entretenir ma famille. En effet, mon époux ne peut plus travailler » dit la dame, la soixantaine.

Beaucoup de ces femmes de la banlieue qui font de petits commerces sont pour la plupart des chefs de familles faisant vivre leurs maisons. Elles sont veuves, divorcées ou ont un mari impotent voire en chômage de longue durée. C’est le sort de cette dame rencontrée dans un centre médical où elle était venue en consultation avec son vieux mari. « Les enfants sont dans de petits boulots. Je tiens un commerce dans le quartier. Mais aujourd’hui, j’ai du tout laissé pour m’occuper de mon mari », confie cette femme, dont on sent qu’elle est plus vieille que son âge réel et qui dit dépenser le peu que les enfants ramènent à la maison pour la santé de son époux grabataire. Nombreuses sont les familles vivant dans un état d’extrême pauvreté et qui vivotent de jour en jour, espérant des lendemains meilleurs.

Le cri de désarroi des jeunes !


Réussir afin de pouvoir sortir leurs familles de la précarité devient ainsi une obsession pour beaucoup de ces jeunes. Désespérés et voyant leur horizon bouché, ils tentent par tous les moyens de rallier l’Europe. L’idée selon laquelle les entreprises européennes auraient besoin de main- d’œuvre, après les milliers de pertes en vies humaines du fait du covid-19, pousse ainsi les jeunes à tenter l’aventure dans des pirogues de fortune. L’explosion d’une pirogue qui transportait des émigrés en partance pour l’Espagne, vient allonger la liste des victimes de l’émigration clandestine.

Pour Aliou Bâ, un jeune habitant à Diamaguène, cette vague de jeunes qui empruntent des pirogues pour se rendre en Espagne est due à la mal gouvernance de l’Etat et son incapacité à garantir à la jeunesse des emplois. « Tous les régimes sont pareils. De Senghor à Macky Sall en passant par Diouf et Wade ! Créer des emplois des jeunes n’a jamais été leur priorité. Ce qui est arrive (Ndlr, les drames en mer) ne devrait nullement surprendre nos autorités. La jeunesse est désemparée face à un chômage endémique.

Nous sommes sans emploi. Et les projets que l’Etat ne cesse de vanter à savoir la Der (Délégation à l’Entrepreneuriat Rapide des jeunes et des femmes) et autres Prodac, nous ne faisons qu’en entendre parler à la télévision. Aucun acte concret n’a été posé à notre niveau. La vie devient de plus en plus difficile au niveau des ménages. Toute une famille peut rester sans travail. Vous vous rendez compte des conséquences que cela peut engendrer, c’est tout simplement la famine !
», soutient Aliou Bâ.

Un cri du cœur que partagent beaucoup de jeunes, surtout ceux d’entre eux qui exercent de petits boulots et qui vivent difficilement. Des jeunes dont la plupart n’ont ainsi qu’une seule idée: partir le plus loin possible. En Europe de préférence. Et par tous les moyens. Quitte à finir leur vie au fond de l’océan…





Le Témoin



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