La nomination d’Idrissa Seck à la présidence du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et la défenestration d’Aminata Touré de la tête de ladite institution, continuent de cristalliser l’attention à travers la sorte de pugilat politique à laquelle se livrent ces deux anciens Premiers ministres. De la cérémonie de passation de service, la semaine dernière, jusqu’à l’installation hier du nouveau patron du CESE, le patron de Rewmi et l’ex-envoyée spéciale du président Macky Sall se sont encore affrontés par presse interposée. Des analystes politiques décryptent les termes de cette guerre …
GUERRE DES MOTS ENTRE IDY ET MIMI
Comme dans une guerre des tranchées, les bombes fusent de partout entre « Idy » et « Mimi » ainsi que sont surnommés les deux belligérants. La cérémonie d’installation du leader de Rewmi, à la tête du CESE, a constitué, hier, une occasion solennelle de relance des hostilités entre l’ancienne et le nouveau présidents de l’institution consultative. Passant au peigne fin la gestion de son prédécesseur, Idrissa Seck s’est plaint de la sorte de tabula rasa à laquelle a procédé celle qu’il remplace. « Aucun document signé et paraphé par mon prédécesseur, attestant ce que j’ai trouvé au Cese à mon arrivée, notamment dans les comptes, ne m’a été remis », a-t-il révélé.

Du coté de Mimi, la réplique ne s’est pas fait attendre. «Je regrette que le nouveau président (Ndlr, Idrissa Seck) ne soit pas venu à la passation. S’il avait des questions à clarifier, ç’aurait été l’occasion de le faire. Il n’est malheureusement pas venu. Je pense que le problème, c’est qu’il est resté longtemps sans travailler et les procédures ont beaucoup évolué. Les procédures, désormais, sont informatisées », a-t-elle sèchement contre-attaqué.

Spécialiste de la communication politique, Bakary Domingo Mané évoque un règlement de comptes personnel et émotionnel ayant fini de prendre les allures d’une revanche politique. « On assiste à une querelle purement émotionnelle et personnelle qui n’apporte rien à la démocratie et au peuple sénégalais. D’ailleurs, c’est à se demander même si l’une des raisons qui ont fait que le leader de Rewmi a accepté une telle fonction qu’il minimisait ne serait pas liée à des motivations de vengeance contre celle qui le pourfendait partout. Est-ce que cet élan de règlement de comptes n’a pas pesé dans le choix d’Idrissa Seck ? », s’est interrogé l’analyste politique au sujet de la posture de déballage adoptée par l’actuel président du CESE.

Pour illustration, M. Mané renvoie aux agissements cabalistiques menés dans le sillage de l’éviction de l’ancienne ministre de la Justice. Et relève trois signaux envoyés par le pouvoir en place sous les auspices de son chef, le président Macky Sall, pour déclencher les hostilités contre la partante. « Le premier signal, qui montre que le président voulait en découdre avec elle, est le fait que c’est le jour même où il a dissout le gouvernement, qu’il a en même temps mis fin à ses fonctions en tant que présidente d’une institution. Ce qui, antérieurement, ne s’est jamais produit dans le pays. Le deuxième signal est le fait que le président Macky Sall savait nettement que les rapports entre Idrissa Seck et son ancienne Premier ministre, ont toujours été tendus. Mais il n’empêche, il a choisi Idy pour la remplacer. La dernière conspiration a été d’ordre médiatique. Car, dès les premiers instants de son limogeage, les gens ont commencé à évoquer de supposées casseroles qu’elle traînerait, dans la presse », souligne le rédacteur en chef de la plateforme d’informations Mondeafrik.com. Selon Bakary Domingo Mané, cette conspiration expliquerait aujourd’hui la rage qui habite l’ancienne patronne de la CESE qui se montre de plus en plus prête au combat politique contre son propre camp.

MOUSSA DIAW, CHERCHEUR EN SCIENCES POLITIQUES « Macky Sall entend tirer les dividendes politiques de cette querelle »

Selon l’enseignant chercheur en sciences politiques, Moussa Diaw, le rapport de forces entre l’ancienne et le nouveau président du CESE relève de la volonté du président Macky Sall qui cherche à en tirer profit. « Sur le plan politique, il a toujours fonctionné de cette manière. Jamais il n’intervient dans ce genre de querelles. Il laisse ses collaborateurs s’étriper entre eux puis il essaie d’en tirer les dividendes politiques après avoir évalué les résultats du rapport de forces » soutient Moussa Diaw.

A l’en croire, au cas où ce bras de fer serait favorable à son nouvel allié, le président Macky Sall serait tenté de continuer le compagnonnage en laissant jouer le jeu avec des calculs politiques. Mais, précise notre interlocuteur, de toutes façons, Aminata Touré part d’emblée avec un handicap du point de vue des moyens. « Quand un homme politique quitte le pouvoir, il est confronté à un problème de ressources qui peuvent servir à entretenir une clientèle politique surtout au Sénégal où les gens ne croient pas aux idées. Alors que son adversaire du moment en dispose et serait dans une position confortable pour mener le combat avec son installation à la tête d’une institution budgétivore. Il sera donc dans une situation très différente de celle où il se trouvait durant sa traversée du désert. C’est pourquoi d’ailleurs, quand vous entendez son discours avec ses digressions, le sourire, et ses éclats de rire, on se rend compte nettement de cette posture de confiance en soi qui anime le leader de Rewmi », commente le spécialiste des questions politiques.

Selon Moussa Diaw, Mimi risquerait de se retrouver dans le pétrin face à la puissance de l’Etat. Une thèse qui, de l’avis de Domingo Mané, ne saurait prospérer au regard de la carapace endurcie de l’ancienne Premier ministre. « C’est quelqu’un qui ne se laisse pas faire. Elle est, et a toujours été dans la confrontation politique. Et actuellement, face aux attaques dont elle fait l’objet, Mimi veut montrer coute que coûte à ses adversaires qu’elle ne se laissera pas marcher dessus malgré toutes les menaces. D’où ses répliques fulgurantes à chaque attaque depuis son limogeage », indique le journaliste.

Passation de service : obligation ou élégance républicaine ?

Alors que l’opinion publique se demande si la présence du président sortant d’une institution relève d’une obligation fondée sur la loi ou juste d’une élégance voire tradition républicaine, nous avons interpelé le constitutionnaliste Ndiouga Sarr pour qu’il éclaire notre lanterne. « Du point de vue administratif, c’est bien une obligation. Il n’y a pas de loi qui définisse ou exige clairement la passation de service au niveau d’une institution comme le CESE. Cependant, toute personne à qui on a confié une fonction, quand on met fin à celle-ci, cette personne doit forcément rendre compte et passer le témoin à celle qui l’a remplacée. C’est-à-dire lui donner les instruments qui montrent la continuité de ce service. L’administration fonctionne de façon continue, elle est régie par le principe de la continuité de service. Par conséquent, quand quelqu’un exécute une mission, ce n’est pas à son nom, mais au nom de l’Etat. En matière administrative, il y a ce qu’on appelle les principes de compétence. C’est pourquoi on parle maintenant de délégation de pouvoir qui va du plan matériel, temporel, mais aussi au plan territorial. Cela veut dire que tant que vous êtes compétent vous pouvez agir au niveau du territoire, au niveau du temps qui vous est donné et au niveau de la matière sur laquelle vous devez agir. Donc si maintenant votre temps est fini et que vous devez partir, celui qui vous remplace doit hériter de cette compétence territoriale, matérielle et temporelle. Par conséquent, il faudra que vous montriez que vous allez arrêter et que celui qui doit vous remplacer va commencer. On parle ainsi de passation de service ou prise de service. Un échange entre les deux montre aussi que les éléments sont bien transmis » conclut le constitutionnaliste Ndiaga Sarr.
Le Témoin



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