Dans cet entretien accordé à «L’As», Pr Moussa Baldé fait le point des projections de récoltes attendues cette année et table sur des productions record
Le ministre de l’Agriculture, Moussa Baldé:
La production agricole de cette année va certainement éviter au Sénégal une récession économique, selon le ministre de l’Agriculture et de l’équipement rural. Dans cet entretien accordé à «L’As», Pr Moussa Baldé fait le point des projections de récoltes attendues cette année et table sur des productions record. Il annonce le démarrage de la campagne de commercialisation de l’arachide à la dernière semaine du moins de novembre et informe que le prix du kilo sera adopté au prochain Conseil des Ministres. Dans le cadre de l’assainissement du secteur de la distribution des semences d’arachides, le ministre de l’Agriculture a annulé 33 agréments d’opérateurs qui n’avaient pas fourni les semences à temps.

L’As : Le président Macky Sall et son gouvernement fondent beaucoup d’espoir sur l’agriculture pour la relance de la croissance économique. Est-ce réalisable avec les prévisions des récoltes ?

Pr Moussa Baldé : Effectivement, nous avons entendu ces derniers jours les ministres en charge de l’Economie et des Finances annoncer une contractionà0,6%de notre croissance économique en attendant les récoltes de la présente campagne. Ils avaient également dit que si tout se passait comme prévu, la croissance pourrait redevenir positive éventuellement pour se hisser aux alentours de 2%. C’est un espoir qui est fondé. Il faut rappeler que nous avons eu un hivernage exceptionnel à tous les niveaux. D’abord, il faut signaler l’engagement du président de la République qui, au début de l’hivernage, avait considérablement revu notre budget à la hausse. Il y a eu une rallonge de 20 milliards, comparé à la campagne précédente, ce qui a porté notre budget à 60 milliards FCFA. A la suite de cela, le ministère de l’Agriculture s’est organisé, malgré le contexte de la pandémie, pour mettre en place les intrants de façon optimale, en plus de l’aspect quantité et qualité. Ensuite, les pluies ont été abondantes et bien réparties dans le temps et dans l’espace. On pouvait même croire qu’elles allaient durer trop longtemps au point de menacer les récoltes. Finalement le Bon Dieu nous en a épargnés. Quand on scrute le tableau des cumuls pluviométriques, on a par exemple les stations comme celle de Bakel où l’équivalent du cumul que nous avons eu cette année remonte à 1975. Pour le cas de Matam, le dernier cumul équivalent à ce qu’on a eu cette année date de 1951.

Dans les régions de la Casamance, nous avons des cumuls de plus de 2000 mm. Il faut remonter dans la plupart des cas aux années 50 pour retrouver de tels cumuls. Ces trois facteurs - un hivernage exceptionnel, un budget revu à la hausse et une organisation sans précédent du ministère - nous permettent d’annoncer aujourd’hui que le Sénégal attend des récoltes exceptionnelles. En plus de cela, il y a l’engouement sans précédent, cette année, de la part des producteurs de façon générale, de la jeunesse et même de beaucoup de fonctionnaires comme des enseignants et des étudiants qui ont décidé de retourner à la terre. Cela a eu pour conséquence l’augmentation des emblavures. Aujourd’hui, nous avons les projections de productions. Pour le mil par exemple, il est attendu une production de 1 196 000 tonnes, soit une augmentation de 48% par rapport à l’année dernière et de 50% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Pour le riz, nous avons presque atteint la barre d’un million et demi de tonnes parce que nous sommes pour le moment à 1 451 000 tonnes, selon nos projections pour cette année, soit une augmentation de 26%. De façon générale, pour les céréales, notre objectif, c’était d’atteindre au moins les 3 millions de tonnes. Si l’on se fie à nos projections pour cette année pour les céréales, nous sommes à 3 811 000 tonnes, soit une augmentation de 38% par rapport à l’année dernière et de 54% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. En ce qui concerne les cultures industrielles, nous attendons une production de 1 826 000 tonnes soit une augmentation de 29% par rapport à l’année dernière et de 43% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Les cultures industrielles de façon générale, c’est-à-dire le niébé, le coton, le manioc, la pastèque, ont augmenté au moins de 36%. Donc, tout ceci va nous mener à une croissance positive contrairement à ce qui a été annoncé vers le mois de septembre.

On attend des productions record, notamment d’arachide. Mais est-ce que la Sonacos a le financement pour démarrer la campagne ?

Depuis l’année dernière, la Sonacos avait le financement avant le démarrage de la campagne. Mais comme elle n’avait pas pu collecter tout ce qu’elle voulait, il lui reste un fonds qu’elle a gardé et qui peut servir à démarrer la campagne. Mais dans tous les cas, la banque qui a l’habitude d’accompagner la Sonacos est déjà d’accord pour financer cette présente campagne. A ce niveau, on peut dire que la Sonacos est prête pour entrer en campagne de commercialisation.

Peut-on savoir quand va démarrer la campagne de commercialisation de l’arachide ?

Lors du conseil des ministres du 28 octobre, le président de la République avait instruit le gouvernement de faire tout pour que la campagne de commercialisation soit ouverte pendant le mois de novembre. Nous sommes dans cette optique. Nous pensons que dans la dernière semaine du mois de novembre, on devrait pouvoir ouvrir la campagne de commercialisation.

Où en êtes-vous avec le prix du kilogramme?

En fait, c’est le CNIA qui, chaque année, réunit son Conseil d’Administration pour proposer un prix. Evidemment, ce prix va être proposé lors du prochain conseil des ministres. Et après, le conseil verra s’il peut le valider ou non.

Les huiliers se plaignent de la présence des étrangers comme les Chinois. Est-ce que cette année, vous avez pris des dispositions pour bien contrôler le marché de l’arachide ?

L’année dernière, c’était une campagne de rupture parce qu’il y avait un protocole qui liait l’Etat et les huiliers qui datait de 2014. Le gouvernement n’avait pas reconduit ce protocole l’année dernière. Cela avait perturbé les huiliers. En même temps, il y a eu une participation très dynamique des exportateurs et en particulier des Chinois. Cette année, nous allons nous organiser davantage. D’abord, nous attendons une plus grande production. Et qui dit une plus grande production dit une plus facile répartition des quotas. Mais aussi cette année, nous allons être plus organisés pour que les huiliers puissent avoir leurs quotas, les exportateurs puissent exporter tout en préservant le capital semencier. Bien entendu, notre leitmotiv, c’est qu’avant tout, que le producteur soit content. L’année dernière, il n’y avait que les producteurs qui étaient contents. Cette année, on aimerait que tout le monde le soit.

Présentement, à combien s’élève la dette due aux opérateurs ?

Pour une fois, le président de la République avait instruit le ministère des Finances d’éponger au maximum la dette due aux opérateurs. Aujourd’hui, presque 95% de cette dette ont été épongés. Nous attendons une dernière enveloppe de 4 milliards du ministère des Finances pour éponger quasiment tous ces arriérés. C’est une première parce que j'ai trouvé au ministère des dettes de campagne qui datent de 2016, 2017 et 2018.

Il y avait un mouvement d’humeur du SYNTAS ces derniers temps et vos services avaient reçu ces agents de l’agriculture. Où en êtes-vous avec le processus de négociations?

Un des syndicats des techniciens de l’agriculture, le SYNTAS, avait enclenché au début de l’année un mouvement d’humeur. Je les ai reçus à plusieurs reprises. A la dernière rencontre, nous avons décidé ensemble de créer un comité de dialogue social au niveau du ministère de l’Agriculture pour faire le suivi des négociations. Ce comité est dirigé par le Secrétaire général du ministère et les négociations sont en cours. Récemment, les syndicats ont fait une sortie pour fustiger la lenteur des négociations, selon leur point de vue. Mais nous estimons que les négociations sont menées correctement. Nous espérons que bientôt, il va y avoir un mémorandum qui me sera soumis. Eventuellement, je pourrais soumettre ce mémorandum aux autres ministères concernés à savoir celui de la Fonction Publique et des Finances et du Budget avant que le chef de l’Etat ne puisse prendre les décisions idoines.

La production de coton a connu une hausse par rapport à l’année précédente. Mais, le secteur est confronté à une baisse d’intensité. Qu’est-ce qui explique cela?

Il faut reconnaître que les trois dernières années, voire quatre, la filière coton a régulièrement connu une baisse de sa production. Pour cette année, elle est en hausse de 15%.Il est attendu une production de 21 000 tonnes, soit une progression de 33%. Cela dit, il faut savoir que le coton est toujours en compétition avec d’autres cultures de rente, notamment l’arachide. C’est pour cela qu’on avait trouvé un mécanisme de soutien au prix aux producteurs pour permettre au coto...



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