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mercredi 23 juin 2021

A Kédougou, dans le sud-est du Sénégal, le défi de l’accès à la santé pour tous – Le Monde

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Le nouvel hôpital régional de Kédougou. Le nouvel hôpital régional de Kédougou.

La blancheur immaculée des murs de l’hôpital contraste avec la piste en latérite qui relie l’établissement au centre-ville de Kédougou, chef-lieu de la région du même nom, au sud-est du Sénégal. A l’intérieur, des panneaux flambant neufs pointent vers les services d’orthopédie, d’oncologie, de pédiatrie, de gynécologie… « Avec une capacité de 150 lits, nous aurons bientôt une quinzaine de spécialités », se félicite Amadou Dieng, le directeur. Une offre encore rare dans un pays qui compte 0,069 médecin pour 1 000 personnes, selon la Banque mondiale contre une moyenne mondiale de 1,566.

Pour lutter contre ces déserts médicaux et améliorer l’accès aux soins au Sénégal, trois autres hôpitaux régionaux ont ouvert à Touba, Kaffrine et Sédhiou, pour un coût global de 97 milliards de francs CFA (147,7 millions d’euros). Tous sont opérationnels aujourd’hui, mais ils ne suffisent pas à palier le manque de structures de santé, notamment dans les régions reculées.

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A Kedougou, le nouvel établissement est censé soulager le modeste centre de santé du district qui faisait jusque-là office d’hôpital régional. Situés sur l’artère principale de la commune, ses quelques bâtiments jaunes accueillent les patients qui attendent sur des bancs surchargés à l’ombre d’un préau en taule. Le personnel y est débordé, malgré l’arrivée d’un chirurgien généraliste, d’un gynécologue et d’un pédiatre. « Nous avons des problèmes avec les traumatismes liés aux accidents sur les sites artisanaux d’orpaillage, parce que nous n’avons pas d’orthopédie, pas de réanimateur, ni de cardiologue ou de neurologue », déplore le docteur Fodé Danfakha, médecin chef de district.

« Ça fait très mal »

Faute de mieux, les patients doivent être transférés vers la ville de Tambacounda, à 250 km au nord-ouest. Avant l’inauguration de l’hôpital régional, le centre de santé organisait une ou deux évacuations par jour. Des transferts parfois difficilement compatibles avec l’état des malades. C’est pour cela que Mohamed Touré, étudiant, a perdu sa mère, atteinte d’hypertension. Le centre ne disposait déjà pas, à l’époque, de réanimateur. « Ça fait très mal de se sentir à ce point impuissant », confie le jeune homme.

Femmes et enfants continuent pourtant de se presser sur les bancs du petit hôpital de district. Sous une chaleur de plomb, ils attendent souvent plusieurs heures avant d’être reçus. Chaque jour, les sages-femmes et le pédiatre peuvent recevoir jusqu’à 60 personnes. Des patients qui viennent parfois du Mali ou de la Guinée, dont les frontières se situent à quelques kilomètres. « Le personnel en néonatalogie n’est pas suffisamment formé, déplore le pédiatre Christophe Mukulu, en poste depuis un an et demi. Et puis nous n’avons pas assez d’oxygène, incontournable pour prendre en charge les bébés qui souffrent de détresse respiratoire. »

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Dans la région de Kédougou, ce manque d’infrastructures a posé de sérieux problèmes de dépistage au début de la pandémie de coronavirus. Les tests PCR, qui ne pouvaient pas être analysés sur place, devaient être acheminés à Touba ou à Dakar, à 500 km et à 700 km de là. « C’était trop cher, on savait que la maladie était là, mais nous n’avions pas les moyens de diagnostiquer », se souvient le docteur Danfakha.

Les autorités ont réagi en déployant des laboratoires mobiles pouvant effectuer des tests dans tout le territoire. Depuis le début de la pandémie, la région a enregistré officiellement 614 contaminations au coronavirus et 21 décès dus au Covid-19. Quelques cas graves ont dû être évacués à Tambacounda, mais les malades n’ont pas pu être sauvés. « Nous avons pris en charge la plupart des gens, même si nous n’avions pas d’appareils respiratoires », assure le médecin chef qui se réjouit d’avoir pu bénéficier d’un renfort de médecins et de l’appui des sociétés minières qui ont fourni des lits et des extracteurs d’oxygène au Centre de traitement épidémiologique. Aujourd’hui, environ 2 500 personnes sont vaccinées contre le coronavirus dans la région, une goutte d’eau par rapport aux 486 606 vaccinations au niveau national.

Renforcement des équipes

A l’approche de la saison des pluies, ce n’est pourtant pas le Covid-19 qui inquiète, mais le paludisme. Dans les petits postes de santé, comme celui de Sambarabougou – à plus de deux heures et demie de piste cabossée de Kédougou –, on se prépare à y faire face à force de prévention et en distribuant des moustiquaires. Derniers maillons de la chaîne au plus proche des populations, ces structures demandent un renforcement de leurs équipes.

Le centre de santé de Kédougou, dans le sud-est du Sénégal. Le centre de santé de Kédougou, dans le sud-est du Sénégal.

Ici, les cases faites de paille et de bâches du village de Sambarabougou sont habitées par des orpailleurs artisanaux. Le poste de santé, géré par deux infirmiers, est construit en parpaings. A l’intérieur, une seule et même pièce sert de salle d’attente et de salle d’accouchement. La chambre d’hospitalisation mitoyenne est équipée d’un matelas sans drap sur un sommier de rondins de bois.

Hapsatou Diop, la sage-femme, a laissé sa famille à Thiès, à près de 700 km, pour s’occuper seule des accouchements et des nouveau-nés du village. Au-delà de la malnutrition et des naissances prématurées, elle a constaté de nombreuses infections respiratoires aiguës chez les nourrissons dues, selon les habitants, à la poussière que génère l’orpaillage et à l’utilisation de mercure à l’intérieur du village. Faute de pédiatre et d’oxygène, les petits doivent être transférés vers un autre poste de santé, à une trentaine de kilomètres de piste. « C’est un voyage dangereux pour un enfant dans un état critique, donc oui, ici, la mortalité infantile est élevée », constate Hapsatou Diop.

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L’équipe partage une ambulance avec trois autres cases de santé. « Avoir notre propre ambulance est une priorité. Côté médicaments, nous avons du paracétamol et de l’amoxicilline, juste de quoi assurer les soins de base », liste Tamba Cissokho, dépositaire du poste de Sambarabougou. L’infirmier peut compter sur quelques dons de la mairie. Mais l’hôpital régional et ses services ultra modernes sont encore un mirage.



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