Le Sénégal perd-il 45 000 hectares de forêts chaque année ? – Africa Check (francophone) - THIESACTU

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mercredi 28 juillet 2021

Le Sénégal perd-il 45 000 hectares de forêts chaque année ? – Africa Check (francophone)

Le quotidien sénégalais Direct News a titré le 30 juin 2021 : « Le Sénégal perd 45 000 ha (hectares) de forêts chaque année ».

L’information, attribuée à l’ancien ministre sénégalais de l’Environnement, Ali Haïdar, a également été relayée par plusieurs médias sénégalais dont Emedia.

Quelle est la source de l’affirmation ?

Contacté par Africa Check, Ali Haïdar a indiqué qu’il s’agit de chiffres de l’Organisation Nations unies (ONU).

Pourtant, la Convention des Nations unies pour la lutte contre la désertification, l’UNCDD, nous a indiqué qu’elle ne recueille pas de données sur la couverture forestière et les pertes. Elle nous a ainsi suggéré de vérifier « auprès des autorités sénégalaises ou des organisations intergouvernementales mandatées à cet effet ».

Ce qu’en dit la Direction des Eaux et Forêts

Au Sénégal, la lutte contre la déforestation et la dégradation des ressources naturelles est menée par la Direction des Eaux et Forêts, Chasses et de la Conservation des Sols (DEFCCS).

Interrogée par Africa Check, celle-ci indique qu’« il y avait une étude de la FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) qui avait donné les 45 000 ha de dégradation en 2000 ».

Le même chiffre figure dans ce document du ministère sénégalais de l’Environnement et de la Protection de la nature publié en septembre 2006. Le document, qui porte sur la politique forestière du Sénégal sur la période 2005-2025, cite le rapport Forest Resources Assessment (FRA) publiée régulièrement par la FAO.

La Direction des Eaux et Forêts explique que pendant plusieurs années, « puisqu’il n’y avait pas d’autres études pendant la rédaction des rapports de FRA, les 45 000 ha étaient utilisés par extrapolation ».

Une régression de 40 000 hectares par an sur la période 2005-2010

La Direction des Eaux et Forêts a précisé à Africa Check qu’à partir de 2005, « le taux de régression des forêts qui était (toujours) de 45 000 ha/an dans le rapport FRA 2005, a régressé ». 

« Il a été ainsi estimé à 40 000 ha par an pour la période 2005-2010 et c’est ce taux qu’on continue d’appliquer », explique le service forestier.

La DEFCCS souligne que le ralentissement de la régression des forêts a été constaté à l’aide de la cartographie nationale réalisée par le Projet de gestion durable et participative des énergies traditionnelles et de substitution (PROGEDE) suivie par des inventaires et sur la base des observations faites par diverses institutions de recherche et de développement de ressources forestières au Sénégal, comme le Centre national de recherches forestières (CNRF) de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA).

Ces explications sont confirmées par le rapport de la FAO intitulé Évaluation des ressources forestières mondiales 2020, consacré au Sénégal.

Dans un article publié en 2019 sur le même sujet, Africa Check avait aussi démontré cela.

Qu’est-ce qui explique ce ralentissement ?

La Direction des Eaux et Forêts explique le ralentissement de la dégradation de la forêt par l’expansion des formations forestières naturelles au niveau de quasiment toutes les zones écologiques du pays.

En outre, le service forestier insiste qu’au Sénégal, on assiste à « une dégradation », c’est-à-dire « le passage d’une strate supérieure à une autre moins dense, mais pas à une déforestation ».

Olimata Faye, ingénieure des Eaux et Forêts à l’Inspection régionale des Eaux et Forêts de Kaffrine (centre-ouest) et correspondante nationale FRA, ajoute qu’il est préférable d’éviter « le mot déforestation qui est utilisé par beaucoup de responsables pour parler de la dégradation de la strate forêt selon la nomenclature de la FAO ».

Comment la dégradation des forêts est-elle évaluée ?

Olimata Faye explique que « pour le changement d’affectation des terres, c’est une cartographie diachronique qui se fait généralement. C’est-à-dire une interprétation des images d’un même lieu en des dates différentes ».

Mais pour le Sénégal, cela n’a pas été le cas, précise Mme Faye. Elle rappelle qu’il y avait une étude (voir page 11) de la FAO qui avait évalué ce changement en 2005 dans le cadre de l’évaluation des ressources forestières mondiales.

« Ce taux était alors ramené à 40 000 (hectares) suite aux observations faites par des experts nationaux, certains projets comme le PROGEDE qui avaient fait une cartographie et un inventaire national et les reboisements réalisés par la DEFCCS et d’autres structures », indique-t-elle.

« Cette méthode, poursuit Olimata Faye, est bien acceptée dans le cadre de cette évaluation. Mais depuis, d’autres études n’ont pas suivi, et toujours dans le même cadre, la méthode d’extrapolation est utilisée ». Ce qui veut donc dire : « enlever chaque année 40 000 ha de la strate de forêt et les reverser dans les autres strates ».

Enfin, Mme Faye précise qu’au niveau national, il n’y a pas à sa connaissance une étude qui a confirmé ou infirmé ces données.

Conclusion : Ali Haïdar a utilisé une donnée caduque

L’ancien ministre sénégalais de l’Environnement, Ali Haïdar, affirme que le Sénégal perd 45 000 hectares de forêt par an.

Les données de la Direction des eaux et forêts indiquent que le taux de 45 000 ha est caduc.

Les autorités forestières précisent également que depuis la période 2005-2010, c’est le taux de 40 000 ha de forêt perdus par an qui est appliqué, à la suite d’un rapport publié par la FAO.



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